Verrerie de Miellin

Aussi connue sous : Verrerie royale de Miellin

Noms et raisons sociales au fil du temps

  • Verrerie royale de MiellinNom d'Usage
    Période : 1730-1792

    Après autorisation par le roi de sa fondation, la verrerie de Miellin a pu prendre le titre de "royale", qu'elle a gardé jusqu'à l'abolition de la Monarchie en 1792.

Histoire

La Verrerie de Miellin, située à 2 km en amont du village de Miellin (aujourd’hui intégré à Servance, Haute-Saône, Bourgogne-Franche-Comté), est une des verreries forestières les plus anciennes et durables de Franche-Comté. Fondée en 1733, elle succède à une première verrerie établie en 1695 et fonctionne jusqu’en 1837. Spécialisée dans le verre à vitre de haute qualité, elle produit également des bouteilles et des objets décoratifs, jouant un rôle économique et social majeur dans la région. Cet article retrace son histoire, ses fondateurs, les raisons de sa fermeture, les images disponibles et son héritage, en s’appuyant sur des sources historiques et des recherches approfondies.

Contexte et fondation (1695-1733)

La tradition verrière à Miellin débute en 1695, lorsque les frères Schmid, originaires de Welschenrohr (canton de Soleure, Suisse), établissent un premier four pour produire du verre plat à vitrer. Le site, niché dans la forêt royale de Saint-Antoine, est choisi pour ses ressources abondantes : bois pour les fours, sable local et eau de la Doue de l’Eau pour le refroidissement et le transport (La Verrerie de Miellin). Cette première verrerie répond à une demande croissante pour les fenêtres et les serres, dans une région dépeuplée par la guerre de Dix Ans (1635-1645) et la conquête française (Miellin, pépinière des verriers).

En 1730, cette verrerie est remplacée par une nouvelle entreprise, formalisée en 1733 par une demande de concession signée par sept verriers :

  • Groupe de Ronchamp : Les frères Joseph, Ours et Jean-Jacques Schmid, leur cousin Nicolas Schmid, et Pierre Raspiller, marié à Reine Schmid, sœur de Nicolas.
  • Groupe de Saint-Nicolas (Rougemont-le-Château) : Joseph Schaub, assisté de son domestique Jean Alleman, et Michel Robichon, qui devient maire de la verrerie (La Verrerie de Miellin).

Ces artisans, issus de centres verriers renommés (Suisse, Sundgau alsacien), apportent des techniques avancées, comme l’ajout de sels métalliques pour obtenir un verre clair, éliminant les teintes verdâtres (Verrerie de Michel Robichon). Leur arrivée s’inscrit dans un effort de repeuplement de la Franche-Comté, encouragé par les autorités et les abbayes pour exploiter les forêts (Miellin, pépinière des verriers).

Conflit initial

Dès 1733, un litige éclate avec les habitants de Servance, qui revendiquent les pâtis concédés aux verriers comme partie de leurs communaux. Déboutés par la réformation des bois, les villageois portent l’affaire devant le Conseil d’État. Pour éviter un conflit durable, les verriers versent une indemnité de 180 livres, réglant l’affaire le 4 décembre 1733 (ADHS 2 E 739) (La Verrerie de Miellin).

Prospérité et développement (1733-1780)

La Verrerie de Miellin prospère rapidement, devenant un centre verrier majeur. En 1744, elle emploie :

  • Six maîtres verriers et quatre ouvriers.
  • Deux fondeurs/attiseurs.
  • Quatre porteurs de fourgons.
  • Huit bûcherons et quatre voituriers.

Elle fonctionne dix mois par an, produisant :

  • 15 000 carreaux de verre à vitre par mois (180 000/an), décrits comme « fort clairs » malgré leur qualité commune.
  • 1 000 bouteilles et 2 000 pièces d’assortiment (gobelets, flacons).

Le chiffre d’affaires annuel atteint 185 000 livres, surpassant les verreries de Ronchamp et Saint-Antoine, et la majeure partie de la production est exportée vers Lyon (La Verrerie de Miellin).

Rôle de Michel Robichon

Michel Robichon, maire de la verrerie, est une figure centrale. En 1749, tout en conservant ses parts à Miellin, il fonde avec Joseph Esnard la Verrerie Royale de Givors, spécialisée dans les bouteilles et le verre à vitre. Il emmène la famille Alleman, mais maintient des liens avec Miellin, où résident son épouse Anne Marie Raspiller, son fils Michel et son gendre Ours Schmid. Jusqu’à sa mort en 1765 à Porrentruy, Robichon alterne entre Givors et Miellin, assurant une continuité technique et financière (Verrerie de Michel Robichon).

Cohésion sociale

Les mariages entre familles verrières (Schmid, Raspiller, Robichon) renforcent la cohésion. Par exemple, Pierre Raspiller épouse Reine Schmid, et Ours Schmid devient le gendre de Robichon. Ces alliances créent une communauté soudée, essentielle dans un environnement isolé (La Verrerie de Miellin).

Concentration des parts et apogée (1760-1789)

Entre 1760 et 1780, les parts de la verrerie se concentrent entre les descendants d’Ours Schmid :

  • Catherine Schmid, mariée à l’avocat Ignace Bolot (décédé en 1782), détient 6/10 des parts en 1786.
  • Joseph Abraham Gresely, actionnaire minoritaire, détient 2/10 des parts.

Cette consolidation reflète la prospérité de la verrerie, qui emploie environ 100 personnes. En 1789, un inventaire décrit un complexe industriel avec cinq fours, six halles, six magasins, une forge, un moulin, une scierie et une quinzaine de maisons pour 120 habitants (Miellin – La Verrerie).

Innovations techniques

Les verriers de Miellin maîtrisent des techniques avancées, héritées des traditions suisses et alsaciennes. L’utilisation de sels métalliques, introduite par les Robichon, permet d’obtenir un verre clair, rivalisant avec les productions vénitiennes (Verrerie de Michel Robichon). Les fours à bois assurent une fusion homogène, bien que leur dépendance au bois pose des défis à long terme.

Défis et sinistres (1743-1789)

Entre 1743 et 1765, la verrerie subit deux incendies majeurs, dont les dates exactes et l’ampleur restent inconnues. Ces sinistres détruisent une partie des bâtiments et des archives, y compris les quittances de coupes de bois. En 1789, les propriétaires invoquent ces incendies pour justifier l’absence de documents lors d’un contrôle administratif (La Verrerie de Miellin).

Malgré ces revers, la verrerie se reconstruit à chaque fois, témoignant de sa résilience. Les propriétaires diversifient également la production, incluant des bouteilles et des pièces d’assortiment, bien que le verre à vitre reste dominant.

Déclin et fermeture (1789-1837)

La verrerie entre en déclin à la fin du XVIIIe siècle pour plusieurs raisons :

  1. Épuisement des ressources forestières : Après un siècle d’exploitation, les forêts de Saint-Antoine s’épuisent, rendant l’approvisionnement en bois coûteux (Miellin, pépinière des verriers).
  2. Concurrence industrielle : Les verreries modernes, comme Baccarat (1764) et Saint-Louis (1767), adoptent le charbon et des techniques mécanisées, marginalisant les verreries forestières (Miellin – La Verrerie).
  3. Changements économiques : La Révolution française perturbe les marchés, tandis que l’industrialisation favorise les usines urbaines (Miellin, pépinière des verriers).
  4. Migration des verriers : Les descendants des fondateurs, comme les Schmid et Robichon, s’installent à Givors et Rive-de-Gier, emportant leur savoir-faire (Verrerie de Michel Robichon).

En 1835, la verrerie cesse ses activités, et le site est abandonné en 1837, ne laissant que des ruines (Miellin – La Verrerie).

Conditions de travail et communauté

Les verriers travaillent dans des conditions rudes, exposés à des températures élevées (1 300-1 500 °C) et à des fumées toxiques. Les équipes, composées de maîtres verriers, d’ouvriers, d’apprentis, de fondeurs et de porteurs, sont organisées autour des familles fondatrices. Les bûcherons et voituriers assurent l’approvisionnement en bois, essentiel à la production (La Verrerie de Miellin).

La communauté, isolée dans la forêt, forme un village autonome avec des maisons, une forge, un moulin et une scierie. Les mariages, comme celui de Catherine Schmid et Ignace Bolot, renforcent les liens sociaux et économiques. La famille Schmid domine, avec des descendants comme Melchior Schmid, qui fonde la verrerie de Boucard (La Verrerie Royale de Boucard).

Images et vestiges

Images historiques

Aucune gravure ou estampe spécifique de la Verrerie de Miellin n’a été identifiée, en raison de l’isolement des verreries forestières et de leur faible documentation visuelle. Cependant, des sources indirectes offrent des pistes :

  • Gravures génériques : Des illustrations du XVIIIe siècle, comme celles du Musée des familles (1833-1900), montrent des fours et ateliers similaires (Bibliothèque verrière).
  • Images de verreries similaires : Des cartes postales de la Verrerie de Givors vers 1880, disponibles sur yves.c.free.fr, donnent une idée des installations (La verrerie de Givors).
  • Environnement : Des photos modernes de la forêt de Saint-Antoine, sur la-haute-saone.com, illustrent le cadre naturel (Miellin, Haute-Saône).

Vestiges actuels

Le site, près de la « Maison Forestière de la Verrerie », est réduit à des ruines : quelques murs et des déchets de groisil. L’église néo-gothique de Miellin (construite entre 1849 et 1854) conserve trois lustres en verre produits par la verrerie, offrant un rare témoignage de son savoir-faire (Miellin : définition).

Impact économique et social

La verrerie de Miellin transforme la région en un centre verrier majeur, employant jusqu’à 100 personnes et générant 185 000 livres par an à son apogée. Elle sert de « pépinière » pour les verriers comtois, qui essaimèrent vers Givors, Rive-de-Gier et d’autres centres, comme les Schmid, Robichon et Bolot. La famille Bolot, issue de Catherine Schmid, est à l’origine de la société BSN, devenue Danone (La Verrerie de Miellin).

Socialement, la verrerie forge une communauté soudée, avec des liens transnationaux vers la Suisse et l’Alsace. Les verriers, souvent mal perçus dans les sociétés germaniques pour leur impact sur les forêts, trouvent en Franche-Comté un environnement favorable, soutenu par les abbayes et les autorités (Miellin, pépinière des verriers).

Raisons de la fermeture

La fermeture en 1837 résulte de plusieurs facteurs :

  • Épuisement du bois : La déforestation intensive réduit l’accès au combustible, augmentant les coûts (Miellin, pépinière des verriers).
  • Concurrence industrielle : Les verreries modernes adoptent le charbon et des techniques automatisées, rendant Miellin obsolète (Miellin – La Verrerie).
  • Migration : Les verriers qualifiés rejoignent des centres plus dynamiques, affaiblissant Miellin (Verrerie de Michel Robichon).
  • Révolution française : Les bouleversements économiques et la nationalisation des terres abbatiales perturbent l’approvisionnement (Miellin, pépinière des verriers).

Héritage et mémoire

La verrerie laisse un héritage durable :

  • Patrimoine industriel : Les ruines, étudiées dans le cadre du programme européen « Héritage bioculturel dans les forêts européennes », sont un témoignage archéologique (Miellin – La Verrerie).
  • Objets conservés : Les lustres de l’église de Miellin, en verre local, sont un rare vestige (Miellin : définition).
  • Influence régionale : Les verriers de Miellin contribuent à l’essor de l’industrie verrière à Givors et Rive-de-Gier (Verrerie de Michel Robichon).
  • Mémoire locale : Le site est valorisé par des sentiers de randonnée et des études historiques, comme celles de G.-J. Michel (La Verrerie de Miellin).

Conclusion

La Verrerie de Miellin, de 1733 à 1837, incarne l’âge d’or des verreries forestières comtoises. Fondée par des artisans suisses et alsaciens, elle prospère grâce à son savoir-faire et à la cohésion de ses communautés. Malgré les incendies, les conflits locaux et les défis économiques, elle alimente le marché lyonnais pendant plus d’un siècle. Sa fermeture, due à l’épuisement des forêts, à la concurrence et à la migration de ses verriers, marque la fin d’une ère. Aujourd’hui, ses ruines, ses lustres et son histoire préservée rappellent l’importance des verreries dans le développement de la Haute-Saône.

Personnalités Clés

Michel Ours Joseph Robichon (1693 - 1765)

Maître de verrerie1730 - 1765

Ours Schmid (1701 - 1774)

Maître de verrerie1730 - 1774

Catherine Schmid (1749 - 1814)

Propriétaire1774 - env. 1800

Verriers Associés

Jean Baptiste Brischoux (1744 - 1789)

Souffleur de verre1766 - 1769

Galerie d'Images

Miellin - Vue générale du village

Miellin - Vue générale du village

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