Verrerie de Vauxrot

Aussi connue sous : Verrerie Deviolaine

Noms et raisons sociales au fil du temps

  • Verrerie DeviolaineRaison Sociale
    Période : 1827-1879

    C'est la raison sociale durant la direction du fondateur Augustin Deviolaine, jusqu'à son décès.

Histoire

Origines et fondation

La famille Deviolaine, originaire de la région de Soissons, établit sa première verrerie en 1802 dans l’ancienne abbaye de Prémontré, acquise par Augustin Deviolaine. Cette manufacture produit des bouteilles de champagne, du verre à vitre, des verres colorés et des glaces, rivalisant avec Saint-Gobain. En 1826-1827, la verrerie est transférée à Vauxrot (Cuffies), près de la rivière Aisne, sur un site stratégique pour l’approvisionnement en sable. Une ordonnance royale du 24 mai 1826 autorise la fondation, et la première pierre est posée le 2 avril 1827, en présence de la famille Deviolaine et de partenaires clés comme les Desmoulins. Cette installation marque le début de la plus ancienne industrie encore active du territoire.

Développement industriel

Entre 1887 et 1892, la verrerie adopte la technique des fours à bassins (deux fours à douze places et un à huit places), augmentant la production à 7 millions de bouteilles par an. Cette expansion nécessite plus de main-d’œuvre : 450 ouvriers en 1910 contre 250 en 1866. Cependant, des crises comme la guerre de Sécession (1861-1865) freinent les exportations de champagne vers les États-Unis, affectant les ventes. Malgré ces défis, les Deviolaine maintiennent leur personnel, surtout parce que les ouvriers verriers, rares et spécialisés, sont difficiles à recruter. À la fin du XIXe siècle, la verrerie fournit des bouteilles à des maisons prestigieuses comme Moët & Chandon, Roederer, et Veuve Clicquot, ainsi que pour Bénédictine et les cocas Mariani.

Conditions de travail

Le travail à la verrerie est extrêmement pénible. Les fours, fonctionnant en continu, imposent des équipes de nuit et de jour, avec des journées de 12 heures, réduites à 10 puis 8 heures après 1920. Les souffleurs, exposés à une chaleur intense (fours à 1 100 °C), souffrent de brûlures, de maladies pulmonaires comme la tuberculose, et de lésions cutanées. Les ouvriers consomment des boissons comme la “frênette” (chicorée et frêne fermentées), du vin, de la bière, ou le “filentrois” (rhum dilué), ce qui entraîne parfois des problèmes d’alcoolisme, surtout pour les équipes de nuit. Les jeunes apprenants, dès 11 ans, occupent des postes comme porteurs, subissant des conditions brutales, incluant des punitions physiques (coups de cannes ou jets de bouteilles brûlantes). À 14 ans, ils deviennent “gamins”, manipulant le verre incandescent, et seuls les plus robustes accèdent au statut de souffleur vers 18-20 ans.

Organisation et métiers annexes

La verrerie est une structure quasi-autarcique, produisant elle-même la plupart de ses ressources. Des équipes extraient le sable d’une sablière proche, préparent le mélange pour le verre, fabriquent des pots en terre, des cannes métalliques à la forge, et des éléments en bois à la menuiserie. Les souffleurs, considérés comme l’élite, méprisent les “manouvriers” (autres ouvriers). Les femmes, peu nombreuses, sont cantonnées au stockage des bouteilles sur des lits de paille. Cette organisation renforce le caractère fermé et hiérarchisé de la communauté.

Vie communautaire et cités ouvrières

Les ouvriers vivent dans des cités fermées, entourant les fours sur trois côtés, avec un mur de clôture au sud. Ces maisons basses, construites en pierre avec charpente en chêne, abritent des familles dans des conditions rudimentaires : pas d’eau courante (pompes dans les cours), latrines communes, et hygiène limitée (eaux usées jetées par les fenêtres). Le charbon est fourni gratuitement, et les greniers servent à étendre le linge. Les cités comprennent des écoles (cinq classes pour 300 élèves en 1914), une garderie, un ouvroir, une salle de bains-douches, une chapelle, et des consultations médicales financées par les Deviolaine. Les loisirs incluent une chorale, une société de gymnastique (“La Laurentiana”), et des jardins familiaux. Les fêtes de la Saint-Laurent, en août, marquent un temps fort avec messes, défilés, fanfares, et activités comme des pique-niques ou des baignades dans l’Aisne. La religion est omniprésente, avec des écoles confiées à des congrégations jusqu’en 1905 et des rituels comme la bénédiction des fours.

Verrerie de Vauxrot - Quartier Desmoulins

Influence des Deviolaine

Les Deviolaine, ancrés dans une tradition foncière, acquièrent progressivement tout Vauxrot, formant un vaste domaine centré sur la verrerie. Ils rachètent des terres, notamment après la crise du phylloxéra (1880s), créant le domaine de Saint-Norbert. Ils construisent trois “châteaux” (Maison Bleue, Saint-Louis, Saint-Norbert), mêlant styles éclectique et médiéval, entourés de parcs et de potagers. Leur emprise s’étend à l’organisation spatiale de la verrerie, avec une “allée des acacias” menant au bureau de direction, surmonté d’une tour à horloge. Cette rigueur quasi militaire reflète leur vision d’une société hiérarchisée.

Vauxrot - Maison Bleue (1914)

Défis du XXe siècle

Au début des années 1900, la verrerie prospère, mais l’apparition des machines à soufflage mécanique et l’intérêt de Saint-Gobain pour le verre creux menacent son modèle artisanal. La Première Guerre mondiale aggrave la situation : occupée par les Allemands en septembre 1914, évacuée en octobre, puis fortifiée en 1915, la verrerie subit des combats intenses lors de la bataille de la Marne. Ces perturbations marquent un tournant, annonçant des difficultés croissantes face à l’industrialisation et aux bouleversements économiques.

Conclusion

La verrerie Deviolaine à Vauxrot incarne une histoire industrielle et sociale unique, mêlant prouesses techniques, conditions de travail éprouvantes, et une communauté ouvrière soudée mais isolée. Sous l’égide d’une famille paternaliste, elle a façonné un territoire et une identité, tout en affrontant les défis de la modernité. Aujourd’hui, elle reste un symbole de résilience industrielle dans la région.

Personnalités Clés

Verriers Associés

Galerie d'Images

Verrerie de Vauxrot vers 1871

Verrerie de Vauxrot vers 1871

Soissons - L'Aisne à Vauxrot (1906)

Soissons - L'Aisne à Vauxrot (1906)

Verrerie de Vauxrot - Grande Halle (1906)

Verrerie de Vauxrot - Grande Halle (1906)

Verrerie de Vauxrot - Quartier Nord Est (1907)

Verrerie de Vauxrot - Quartier Nord Est (1907)

Verrerie de Vauxrot - Le grand four

Verrerie de Vauxrot - Le grand four

Verrerie de Vauxrot - Le Petit Four

Verrerie de Vauxrot - Le Petit Four

Verrerie de Vauxrot - Quartier Desmoulins

Verrerie de Vauxrot - Quartier Desmoulins

Verrerie de Vauxrot - Quartier Nord

Verrerie de Vauxrot - Quartier Nord

Verrerie de Vauxrot - Quartier Saint-Augustin

Verrerie de Vauxrot - Quartier Saint-Augustin

Verrerie de Vauxrot - Le bureau du directeur

Verrerie de Vauxrot - Le bureau du directeur

Verrerie de Vauxrot - Le Quartier Neuf (1910)

Verrerie de Vauxrot - Le Quartier Neuf (1910)

Vauxrot - La Verrerie, vue intérieure des habitations (1924)

Vauxrot - La Verrerie, vue intérieure des habitations (1924)

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