Noms et raisons sociales au fil du temps
- Manufacture royale des glaces et verres de Saint-QuirinRaison SocialePériode : 1755-1792
- Manufacture Nationale des glaces et verres de Saint-QuirinRaison SocialePériode : 1792-1804
- Manufacture Impériale des glaces et verres de Saint-QuirinRaison SocialePériode : 1804-1814
- Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et MontherméRaison SocialePériode : 1840-1858
La société Jean-Auguste Chevandier et Cie, qui exploitait Saint-Quirin, a racheté la Manufacture de glaces de Cirey aux alentours de 1840.
- Société Anonyme des Manufactures des Glaces et Produits Chimiques de Saint-Gobain, Chauny & CireyRaison SocialePériode : 1858-1888
Fusion avec Saint-Gobain en 1858, le nom même de la verrerie de Saint-Quirin-Lettenbach disparaît.
Histoire
Au cœur du massif vosgien, terre de forêts ancestrales et de savoir-faire séculaires, la verrerie de Saint-Quirin-Lettenbach s'est imposée, durant près d'un siècle et demi, comme une institution majeure de l'industrie française. Son histoire, qui s'étend officiellement de 1741 à 1888, est celle d'une ascension remarquable, jalonnée d'innovations techniques qui la placèrent à l'avant-garde de son temps, notamment en devenant le berceau de la fabrication du cristal en France, capable de rivaliser avec les productions les plus estimées de Bohême.1 Plus qu'un simple site de production, Lettenbach fut un creuset où se rencontrèrent entrepreneurs visionnaires, artisans talentueux et capitaux audacieux, façonnant non seulement des objets de verre d'une qualité exceptionnelle mais aussi un paysage et une communauté. Cet article se propose de retracer les grandes étapes de cette aventure industrielle, depuis ses racines anciennes jusqu'à son déclin au XIXe siècle et l'héritage durable qu'elle a légué.
Des Racines Anciennes à la Renaissance du XVIIIe Siècle : L'Émergence d'un Géant Verrier
L'établissement de la verrerie de Lettenbach au XVIIIe siècle ne surgit pas de nulle part. Il s'inscrit dans une longue tradition verrière qui caractérise le massif vosgien, une région naturellement pourvue des ressources indispensables à cet art du feu : le bois pour alimenter les fours, le sable siliceux issu du grès local pour la matière première, et la potasse, obtenue à partir des cendres de fougères, servant de fondant.1
Dès le XVIe siècle, la réputation des verriers de Saint-Quirin était établie. En 1515, le typographe Jean Scholt, dans son édition de la "Géographie de Ptolémée", notait sobrement : « Sanctus Quirinus, hic sunt specula » (Saint-Quirin, ici sont les miroirs).1 Dix ans plus tard, en 1525, Volcyr de Sérouville confirmait cette spécialisation en écrivant que « à Raon au pays de Vosge et à Saint-Quirin, l’on fait les miroirs qui se transportent par toute la Chrétienté ».1 La même année, Sébastien Munster, dans sa "Cosmographie", renchérissait : « A Saint-Quirin, gros village qu’on appelle vulgairement Saint Curi se font de fort bons miroirs et autres sortes de verres ».1 Ces témoignages précoces soulignent une production déjà reconnue pour sa qualité et sa large diffusion. Un artisan notable de cette période, Barthélémy Clezel, exploitait en 1587 la verrerie de Lettenbach et produisait des "miroirs à bosse" d'une telle finesse qu'il fut admis à les présenter au duc de Lorraine. Ce dernier, impressionné, lui octroya une aide financière pour l'achat de matériaux et la remise en état de son usine.1 Preuve de cette excellence, les glaces du prestigieux palais ducal de Nancy provenaient, en 1594, de cette même verrerie.1
Cependant, cette prospérité initiale fut brutalement interrompue par les tumultes du XVIIe siècle. La Guerre de Trente Ans (1618-1648), particulièrement dévastatrice pour la Lorraine, ruina nombre de ses industries, y compris la verrerie de Saint-Quirin.1 Des sources indiquent un déclin général de la production verrière dans la région, comme en Argonne voisine, durant cette période troublée.3 Il fallut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour assister à une véritable renaissance de cette industrie.
Cette renaissance fut en grande partie l'œuvre d'une figure clé : Dom Placide Schweighaeuser, alors prieur de Saint-Quirin.1 Dès 1734, il s'attacha à donner un "nouvel essor aux verreries" locales.4 Conscient du potentiel économique des immenses forêts appartenant au prieuré, il chercha à les valoriser par le développement d'activités industrielles. Ses efforts aboutirent à l'obtention, par un arrêt du Conseil d’État du 9 avril 1737, de l'autorisation pour les religieux du prieuré de créer deux verreries. Cette concession, initialement accordée pour dix ans et concernant des lieux reculés du domaine s'étendant jusqu’au massif du Donon, fut jugée trop courte par le prieur visionnaire. Estimant qu'une période aussi brève ne permettrait pas d'attirer des entrepreneurs sérieux ni d'amortir les investissements considérables nécessaires, et arguant de l'abondance des ressources forestières capables d'alimenter les fours sur une plus longue durée, Dom Placide Schweighaeuser sollicita et obtint, par un second arrêt du Conseil d’État en date du 22 avril 1738, une autorisation d'exploitation à perpétuité.1 Cette décision fut déterminante, offrant la stabilité et la sécurité indispensables pour attirer capitaux et compétences.
Forts de cette concession pérenne, le prieur Schweighaeuser et l'abbé Dom Edmond Herb de Marmoutier franchirent une nouvelle étape le 24 novembre 1739. Ils signèrent un bail emphytéotique d'une durée de 99 ans avec le sieur Antoine Renaud, entrepreneur et ouvrier verrier lui-même, pour la construction d'une verrerie au lieu-dit Lettenbach, conçue initialement pour huit ouvriers.1 L'entreprise prit cependant une dimension bien supérieure avec l'arrivée d'Hugues Drolenvaux, un industriel et investisseur influent de Strasbourg, qui occupait également la fonction d'inspecteur des ponts et chaussées.1 L'association de Drolenvaux à Renaud mena à la signature d'un nouveau bail, le 17 avril 1741, annulant le précédent et étendant la concession aux cantons de Lettenbach et de la Basse des Charmilles pour y établir deux verreries.1 Hugues Drolenvaux apporta non seulement des capitaux substantiels mais aussi une expertise industrielle élargie et un réseau de relations précieux. En 1747, la structure de propriété de la société reflétait ce partenariat tripartite, avec des parts égales pour les religieux de Marmoutier, Antoine Renaud et Hugues Drolenvaux.5 C'est véritablement sous l'impulsion des investissements de Drolenvaux et grâce à l'arrivée d'ouvriers qualifiés qu'il fit venir que la verrerie de Lettenbach put s'engager sur la voie de la prospérité.
L'Âge d'Or de la Manufacture : Innovations, Reconnaissance et Organisation d'un Site Industriel Exemplaire
L'arrivée d'Hugues Drolenvaux et les investissements qui suivirent inaugurèrent une période d'apogée pour la verrerie de Lettenbach, qui s'étendit sur une grande partie du XVIIIe siècle et se prolongea au début du XIXe. Durant cette ère faste, l'établissement se distingua par la qualité et la diversité de ses productions, ainsi que par des innovations techniques qui le placèrent à la pointe de l'industrie verrière européenne.
La production de Lettenbach était remarquablement diversifiée, englobant les verres de table, le verre à vitre plat, les glaces et les miroirs, répondant ainsi à une vaste gamme de besoins, du quotidien au luxe.1 L'innovation la plus spectaculaire et la plus déterminante pour sa renommée fut sans conteste l'introduction de la fabrication du cristal. Pour la première fois dans le royaume de France, du cristal d'une qualité comparable à celui de Bohême, alors la référence incontestée en Europe, fut produit à Saint-Quirin.1 Cette prouesse technique fut reconnue jusqu'à la Cour de France, qui estima les produits de Lettenbach équivalents en qualité aux importations bohémiennes, un enjeu économique et de prestige considérable pour le royaume.1 Ce succès ne fut possible que grâce à l'initiative d'Hugues Drolenvaux, qui fit venir à grands frais des maîtres verriers spécialisés de Bohême et du sud de l'Allemagne. Ces artisans apportèrent un savoir-faire jusqu'alors inexistant en France, notamment dans les techniques de soufflage et de composition du verre cristallin.1 Les archives confirment que "Drolenvaux fait venir des verriers de Bohême et il introduit le soufflage des verres en cylindre. Les verreries fabriquent du verre en table sans boudin, de type verre blanc cristallin de Bohême...".5 Cette démarche fut d'ailleurs encouragée par les services du roi Louis XV, soucieux de développer les manufactures nationales et de réduire la dépendance du royaume vis-à-vis des importations.1
Outre le cristal, la verrerie de Lettenbach devint également un centre d'innovation pour la production de verre à vitre. Elle est considérée comme le berceau des verreries qui, par la suite, fabriquèrent du verre à vitre en cylindres (également appelés manchons), selon la méthode dite "façon de Bohême et d'Alsace".1 Cette technique permettait de produire des feuilles de verre de plus grandes dimensions et d'une planéité supérieure aux méthodes plus anciennes, répondant à une demande croissante pour l'architecture.
La qualité exceptionnelle des productions de Lettenbach assura sa renommée bien au-delà des frontières de la Lorraine. Ses verres, cristaux et miroirs étaient commercialisés dans toutes les provinces du royaume de France et s'exportaient même jusqu'en Amérique du Nord, témoignant d'une ambition commerciale et d'une capacité de production considérables.1 Cette excellence et cette importance stratégique furent reconnues par les plus hautes instances : la verrerie obtint successivement les titres prestigieux de Manufacture Royale sous Louis XV (titre accordé le 4 décembre 1755 5), puis de Manufacture Nationale pendant la Révolution française, et enfin de Manufacture Impériale sous Napoléon Ier.1 L'obtention du statut de "Manufacture Royale" fut une consécration particulière, conférant non seulement un prestige immense mais aussi des avantages commerciaux et une protection face à la concurrence.
La direction et la propriété de la verrerie furent marquées par la succession de figures entrepreneuriales et de familles influentes. Après la phase initiale portée par Antoine Renaud et Hugues Drolenvaux (ce dernier rachetant la part de Renaud en 1750 5), la structure de l'entreprise évolua. En 1760, Claude-Henry Lanfrey, un marchand bourgeois de Strasbourg, et Antoine-Marie Guaita, banquier à Francfort-sur-le-Main, acquirent la moitié des parts de Drolenvaux ainsi que la totalité des parts des religieux de Marmoutier, marquant une nouvelle étape dans la gestion et le financement de la manufacture.5 Se succédèrent ensuite à la direction des figures comme Louis-Antoine et Pierre Ména (1773-1786), puis la famille de Guaita (avec Georges de Guaita, 1786-1805). Au XIXe siècle, la famille Chevandier de Valdrome (notamment Auguste, directeur de 1805 à 1813 puis président jusqu'en 1858, et son parent Georges, sous-directeur de 1835 à 1858) devint l'acteur dominant.1 Des familles comme les Roederer furent également impliquées dans l'actionnariat, illustrant la complexité de la gouvernance et l'importance des réseaux familiaux et financiers dans la pérennité de telles entreprises.5
Au milieu du XVIIIe siècle, lors de son apogée, la verrerie de Lettenbach était un complexe industriel majeur. Elle comptait quatre fours distincts, témoignant d'une spécialisation poussée de la production : un four était dédié à la gobeleterie commune et taillée, un autre aux verres en table blancs, un troisième aux verres à vitres demi-blancs, et le quatrième aux glaces et miroirs.1 Cet ensemble comprenait non seulement la grande halle des fours et les ateliers, mais aussi des magasins de stockage et de nombreux logements ouvriers, capables d'accueillir une centaine de familles employées dans les divers métiers de la verrerie.1 La direction avait d'ailleurs bien compris l'importance cruciale de disposer d'une main-d'œuvre qualifiée et investissait dans la formation de ses ouvriers, en complément de l'apport initial des maîtres verriers étrangers.1
La verrerie de Lettenbach n'était donc pas seulement un lieu de production, mais un véritable village industriel, un microcosme avec sa propre organisation sociale et ses infrastructures. L'édification en 1756 de la Chapelle des Verriers (également connue sous le nom de Chapelle Sainte-Barbe), sur les plans d'Antoine Marie Guaita, pour les besoins spirituels du personnel et de leurs familles, en est le témoin le plus éloquent.1 Son architecture, de style baroque, se distingue par un clocher à bulbe, une caractéristique peu commune dans la région de Saint-Quirin à l'époque. Cette particularité architecturale, ainsi que les charpentes de type germanique observées sur certains bâtiments, sont attribuées à l'influence des verriers et des charpentiers-couvreurs venus de Bohême et d'Allemagne du Sud, qui apportèrent avec eux leurs traditions constructives.1
Le Déclin au XIXe Siècle, la Fermeture et l'Héritage Pérenne d'un Site Industriel
Après une longue période de prospérité et de renommée internationale, la verrerie de Saint-Quirin-Lettenbach entama un lent déclin au cours du XIXe siècle, la conduisant finalement à sa fermeture définitive en 1888. Plusieurs facteurs, tant internes qu'externes, contribuèrent à cette évolution, marquant la fin d'une époque pour ce fleuron de l'industrie verrière lorraine.
Le XIXe siècle fut une période de transformations industrielles rapides et profondes. Les verreries traditionnelles, même celles jouissant d'un grand prestige comme Saint-Quirin, durent affronter de nouveaux défis. La concurrence s'intensifia avec l'émergence ou la modernisation d'autres centres verriers en France et à l'étranger, qui bénéficiaient souvent de nouvelles technologies ou d'un accès plus aisé à des sources d'énergie moins coûteuses que le bois, comme la houille. L'évolution des besoins du marché et des modes de consommation a également pu jouer un rôle. Un facteur classique de déclin pour les verreries forestières anciennes était la raréfaction progressive des ressources locales en bois, si une transition efficace vers d'autres combustibles n'était pas opérée.3 Bien que les détails spécifiques à Saint-Quirin sur ce point précis manquent dans les sources consultées, il est plausible que la gestion à long terme de l'approvisionnement en combustible soit devenue plus complexe et onéreuse.
Parallèlement, le secteur verrier connut un mouvement de concentration industrielle. De plus grandes entités, telles que la Compagnie de Saint-Gobain, étendirent leur influence par des rachats et des fusions, rationalisant la production à une échelle nationale. La fusion des Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé avec Saint-Gobain en 1858 fut un événement majeur dans ce processus, donnant naissance à la "Société Anonyme des Manufactures des Glaces et Produits Chimiques de Saint-Gobain, Chauny & Cirey".5 Si Saint-Quirin continua de fonctionner pendant trois décennies après cette fusion, cela suggère que ses équipements conservaient une certaine pertinence ou que la transition vers une nouvelle organisation était progressive. Les archives de Saint-Gobain conservent d'ailleurs les fonds de ces manufactures, y compris les papiers d'Auguste Chevandier de Valdrôme, l'un de leurs principaux dirigeants .
Néanmoins, la décision finale de fermer le site de Lettenbach en 1888 indique que ses avantages comparatifs s'étaient finalement érodés face aux impératifs de modernisation et de compétitivité du groupe.1 Les opérations furent alors transférées vers le site de Cirey-sur-Vezouze.1 Il est à noter que la société Jean-Auguste Chevandier et Cie, qui exploitait Saint-Quirin, avait déjà racheté la Manufacture de glaces de Cirey aux alentours de 1840.13 Après la fusion avec Saint-Gobain, Cirey devint un site stratégique pour le groupe, bénéficiant de réaménagements et d'agrandissements avant que sa propre production de glaces ne cesse en 1939.8 La mort de Georges Chevandier, parfois mentionné comme le dernier directeur en 1888 [Notes utilisateur], coïncide avec cette fin d'activité verrière à Lettenbach. La chronologie exacte des dirigeants de la famille Chevandier de Valdrome à cette période est complexe, Eugène Chevandier de Valdrome, figure industrielle et politique majeure, étant décédé en 1878 14, tandis qu'un Georges Chevandier de Valdrome, président d'autres verreries (Vallérysthal et Portieux), est décédé à Saint-Quirin en mars 1887 . Quoi qu'il en soit, la fermeture de Saint-Quirin trente ans après son intégration au sein de Saint-Gobain apparaît comme l'aboutissement logique d'une stratégie de rationalisation industrielle, privilégiant des sites jugés plus modernes ou mieux situés.
Malgré la cessation de l'activité industrielle et les transformations ultérieures du site, des vestiges significatifs de la verrerie de Lettenbach subsistent encore aujourd'hui, témoignant de son riche passé. Le hameau de Lettenbach lui-même, situé au nord du bourg de Saint-Quirin, entre celui-ci et Abreschviller, est encore communément appelé "la Verrerie", perpétuant la mémoire de son ancienne vocation.1 Les principaux vestiges architecturaux encore visibles incluent les soupiraux des magasins et des galeries souterraines qui se trouvaient sous la grande halle des fours, uniques témoins des vastes caves.1 La Chapelle des Verriers, ou Chapelle Sainte-Barbe, érigée en 1756 sur les plans d'Antoine Marie Guaita 7, se distingue par son clocher à bulbe caractéristique et sa toiture en bardeaux de bois ; elle est classée Monument Historique depuis le 28 décembre 1984.1 Des logements ouvriers et des bâtiments administratifs datant du XVIIIe siècle subsistent également en grande partie, bien qu'ils soient aujourd'hui des propriétés privées.7 Il convient de noter que le site archéologique voisin de la Croix Guillaume est une occupation gallo-romaine et n'est pas directement lié aux vestiges de la verrerie des XVIIIe-XIXe siècles .
La fermeture de la verrerie en 1888 ne signifia pas l'abandon du site de Lettenbach. Il connut plusieurs reconversions successives. Immédiatement après la fin de l'activité verrière, le site fut utilisé par l'armée allemande comme centre de repos pour ses malades, durant la période de l'annexion de l'Alsace-Lorraine.1 Avec le retour de la région à la France en 1918, l'État français devint propriétaire du domaine et chercha à le vendre.1 En 1929, les Sœurs de la Charité de Strasbourg y installèrent un noviciat.1 Spoliées par le régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale, elles purent réintégrer les lieux en 1945.1 Après la guerre, les Sœurs de la Charité transformèrent le site en un aérium, puis en une "Maison d'Enfants Spécialisée". Cette institution dédiée à l'accueil et au soin d'enfants poursuit son œuvre encore aujourd'hui, la Fondation Vincent de Paul ayant reçu en dotation en l'an 2000 de la Congrégation l'ensemble des bâtiments affectés à cette mission, ainsi que la chapelle .
Conclusion : Un Héritage Industriel et Culturel Inestimable
La Verrerie de Saint-Quirin-Lettenbach s'inscrit comme une page majeure de l'histoire industrielle lorraine et française. Pendant près de cent cinquante ans, elle ne fut pas seulement un centre de production, mais un véritable pôle d'innovation et un acteur économique de premier plan. Son rôle pionnier dans l'introduction de la fabrication du cristal en France, ainsi que dans le développement de la production de verre à vitre en cylindres, témoigne d'une audace entrepreneuriale et d'une quête constante de l'excellence, lui valant la reconnaissance royale, nationale puis impériale.1
L'héritage de Lettenbach est double. Matériellement, il subsiste aujourd'hui à travers des vestiges éloquents : la Chapelle des Verriers, avec son architecture singulière et son clocher à bulbe, classée Monument Historique, demeure le symbole le plus visible de ce passé.1 Les soupiraux des anciennes caves et quelques bâtiments d'époque rappellent également l'ampleur du complexe industriel.1 Immatériellement, l'héritage réside dans la mémoire du lieu, encore appelé "la Verrerie", et dans l'influence culturelle, notamment architecturale, apportée par les dynasties de verriers et les ouvriers qualifiés venus de Bohême et d'Allemagne.1
La trajectoire de Saint-Quirin-Lettenbach illustre parfaitement l'évolution de l'industrie verrière : issue d'une tradition artisanale ancienne favorisée par les ressources locales, elle a su capter les innovations techniques et les savoir-faire étrangers pour atteindre un rayonnement international. Elle représente un maillon essentiel entre les petites verreries forestières d'antan et les grandes concentrations industrielles qui caractériseront le XIXe siècle, symbolisées par son intégration finale au sein de la Compagnie de Saint-Gobain.5 Son histoire met en lumière l'importance des dynamiques entrepreneuriales, qu'elles soient monastiques à l'origine avec Dom Placide Schweighaeuser, ou laïques et familiales par la suite avec les Drolenvaux, Guaita et Chevandier.
L'abbé Valère Schieser, ancien curé de Saint-Quirin, a qualifié le site de « Le complexe verrier le plus typé de Lorraine. Et dans le site le plus ravissant. Un complexe qu’un Etat-prophète aurait classé et protégé en totalité » [Notes utilisateur]. Cette citation souligne avec justesse la valeur patrimoniale exceptionnelle d'un lieu qui, au-delà de sa fonction productive, a façonné un paysage, une communauté et une part de l'identité industrielle de la région. La reconversion du site en un lieu d'accueil et de soin 1 témoigne d'une capacité de résilience et d'adaptation, offrant une nouvelle vie à ce témoin d'un passé verrier prestigieux.
Sources des citations
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- SCHWEIGHAEUSER Georges André (dom Placide) - Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie d'Alsace, consulté le mai 31, 2025,
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https://www.clubvosgien-saintquirin.com/le-village-de-st-quirin/
- Verrerie de Lettenbach à Saint-Quirin - PA00106992 - Monumentum, consulté le mai 31, 2025,
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- La Route du verre et du cristal en Lorraine - Mon Grand Est, consulté le mai 31, 2025,
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- HAMEAU DE LETTENBACH - Massif des Vosges, consulté le mai 31, 2025,
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- Chapelle de l'ancienne verrerie de Lettenbach - POP - Plateforme Ouverte du Patrimoine, consulté le mai 31, 2025,
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- Les archives historiques de Saint-Gobain, consulté le mai 31, 2025,
https://archives.saint-gobain.com/les-archives-historiques-de-saint-gobain
- Saint-Gobain, au Luxembourg, et au-delà - industrie.lu, consulté le mai 31, 2025,
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- Cirey Vezouze - GR-Atlas, consulté le mai 31, 2025,
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- Verrerie de Lettenbach - Wikipédia, consulté le mai 31, 2025,
https://fr.wikipedia.org/wiki/Verrerie_de_Lettenbach
- 10 choses à voir à Saint-Quirin - Michaël Vessière, consulté le mai 31, 2025,
https://www.mv-bracelet.com/saint-quirin/
- Lettenbach, de l'église des verriers à la Fondation Vincent de Paul, par Roland KLEINE, consulté le mai 31, 2025,
https://sarrebourg57shal.fr/2024/05/05/lettenbach-de-leglise-des-verriers-a-la-fondation-vincent-de-paul-par-roland-kleine/
Personnalités Clés
Hugues Drolenvaux
Verriers Associés
George Antoine Sigwart (1725 - 1791)
Galerie d'Images
Lettenbach - Maison de repos du XVIe Corps d'Armée, château près d'Abreschviller (1912)
Verrerie de Lottenbach - Carte de Cassini (vers 1750)
Aérium de Lettenbach - Vue sur le château de la Verrerie
Saint-Quirin - Château de la Verrerie - Environs d'Abreschviller (1932)