Noms et raisons sociales au fil du temps
- Manufacture de verres à vitre de GémenosNom d'UsagePériode : 1790-1800
- Verrerie du vallon de Saint-PonsNom d'UsagePériode : 1790-1868
Histoire
La Verrerie de Gémenos, nichée dans le vallon de Saint-Pons à 20 km à l’est de Marseille, incarne l’essor de l’industrie verrière provençale aux XVIIIe et XIXe siècles. Fondée vers 1790, probablement par Pons Grimblot, elle produit du verre à vitre, des bouteilles noires et des gobelets, exportés jusqu’aux colonies. Située au pied du massif de la Sainte-Baume, elle tire parti des forêts pour le bois, de l’eau du Fauge et de la proximité de Marseille, hub commercial. Cet article retrace son histoire, de sa fondation à sa probable fermeture après 1868, en détaillant ses acteurs, sa production, son fonctionnement au bois et son héritage, avec une biographie de Grimblot.
Contexte et fondation
L’industrie verrière en Provence
À la fin du XVIIIe siècle, l’industrie verrière française évolue avec l’adoption du charbon dans certaines régions, en réponse à la pénurie de bois. En Provence, des verreries comme celles de Marseille et Arles adoptent le charbon dès 1778-1784, se spécialisant dans le verre à vitre et les emballages (bouteilles, dames-jeannes) pour les industries viticole et chimique ([Web:2]). Cependant, la Verrerie de Gémenos, dans le vallon de Saint-Pons, s’appuie sur les forêts locales pour le bois, son combustible exclusif, et sur l’eau du Fauge, affluent de l’Huveaune, pour ses installations ([Web:14]). La proximité de Marseille facilite l’exportation via le port.
Fondation vers 1790
Les premières traces de la verrerie datent de 1789, avec Jean François Scalabrino, verrier alsacien né en 1758 à Lauterbourg, mentionné comme directeur ([Provided]). Une annonce dans le Journal de Provence du 18 mai 1790 confirme que la « Manufacture de verres à vitre de Gémenos » est active depuis avril 1790, vantant un verre « au moins égal à celui des plus anciennes fabriques », parfait en « force » et « couleur » ([Web:4]). Pons Grimblot, verrier marseillais, est souvent crédité comme le fondateur, bien que certaines sources suggèrent qu’il ait développé une verrerie existante ([Web:14, Web:17]). Scalabrino, marié à Anne Deluy le 5 octobre 1790, supervise les débuts, tandis que J. L. Jaubert (régisseur) et Jean Joseph Ferre (entrepôt à Marseille, rue Coutellerie) gèrent les opérations ([Provided]). Cette ambition reflète la volonté de rivaliser avec les manufactures établies.
Acteurs et main-d’œuvre
Figures clés
La verrerie attire des artisans qualifiés, souvent d’Alsace ou de Franche-Comté, formant une communauté dynamique :
- Pons Grimblot : Verrier marseillais, probable fondateur vers 1790, il dirige la verrerie jusqu’à sa mort vers 1832, exploitant aussi des manufactures à La Destrousse et Marseille ([Provided, Web:0, Web:14]). (Voir biographie ci-dessous.)
- Jean François Scalabrino : Directeur dès 1789, il supervise les débuts ([Provided]).
- Antoine Robichon : Maître souffleur, né vers 1753 à Wildenstein, arrive avant 1797 après Miellin. Son fils Lazare Thiébaud naît à Gémenos en 1797 ; il décède à Marseille en 1807 ([Provided]).
- Samuel Valck : Verrier né en 1766 à Wildenstein, épouse Jeanne Guibert en 1791, décède en 1802, peut-être d’une maladie professionnelle. Son frère Benoît Valck travaille à Gémenos et Peypin ([Provided, Web:17]).
- Georg Anton Sigwart : Ouvrier verrier, décède en 1791 à 65 ans. Son fils Jean Georges Sigwart est actif jusqu’en 1795 ([Provided]).
- François Rozan (1778-1858) : Originaire de Châteauroux-les-Alpes, il succède au fils de Grimblot en 1828, modernisant la production. Il épouse la sœur de Grimblot en 1806, puis Louise Bourgues en 1813, et acquiert le domaine de Pinval en 1846 ([Web:1, Web:5]).
Biographie de Pons Grimblot
Pons Grimblot, né vers 1750-1760 (date exacte inconnue), est un verrier marseillais influent de la fin du XVIIIe siècle. Actif dès les années 1780, il fonde probablement la Verrerie de Gémenos vers 1790 dans le vallon de Saint-Pons, ainsi qu’une autre à La Destrousse (Peypin) ([Web:14, Web:17]). Entrepreneur visionnaire, il recrute des verriers alsaciens de Wildenstein, comme Antoine Robichon et Samuel Valck, pour leur expertise ([Provided]). Dès 1797, il étend son empire à Marseille, ouvrant une fabrique rue des Vignerons, puis à l’anse des Catalans (1820) et à Montredon (1822), spécialisée dans le verre à vitre et reliée à la mer par un tunnel ([Provided, Web:0]). Sa sœur, Marie-Anne Grimblot, épouse François Rozan, liant les deux familles ([Web:5]). Grimblot décède vers 1832, son fils cédant les verreries à Rozan. Son rôle exact à Gémenos reste débattu, certaines sources suggérant qu’il a développé une verrerie existante ([Web:17]).
Main-d’œuvre
En 1829, une enquête préfectorale recense 30 hommes, 6 jeunes gens et 2 femmes, reflétant une main-d’œuvre majoritairement masculine ([Provided]). Les actes paroissiaux de 1789-1790 révèlent une diversité de métiers :
- Ouvriers spécialisés : Jean François Régis Lagarde (bouteilles noires), François Joseph Schmitt (ouvrier, Lauterbach), Pierre Caldebar (étendeur).
- Artisans annexes : Jean Baptiste Perico (menuisier), Claude Marie Sourd (potier), Joseph Paul Arniaud (commis).
- Conditions difficiles : Les décès précoces d’enfants (Joseph Caldebar, 21 mois ; Joseph Lagarde, 1 jour) et de mères (Anne Blanc, 1790) suggèrent des conditions de vie rudes ([Provided]).
Les verriers, souvent alsaciens, s’intègrent via des mariages locaux, comme Samuel Valck avec Jeanne Guibert ([Provided]).
Chapitre 3 : Production et fonctionnement
Types de verre
La verrerie se spécialise initialement dans le verre à vitre, vanté pour sa qualité en 1790 ([Web:4]). Elle diversifie sa production pour inclure :
- Bouteilles noires : Produites par des ouvriers comme Lagarde, elles répondent à la demande pour le conditionnement ([Provided]).
- Dames-jeannes et gobelets : Sous Rozan, la verrerie exporte deux millions de gobelets par an vers la France, les colonies, l’Espagne et les États-Unis ([Web:0]).
- Verre soufflé et taillé : Rozan produit des objets raffinés, récompensés aux expositions parisiennes de 1839 (médaille de bronze) et 1844 ([Web:0]).
Fonctionnement au bois
La verrerie fonctionne exclusivement au bois, en raison de son implantation dans le vallon de Saint-Pons, entouré de forêts. L’achat du domaine de Pinval (150 ha) par Rozan en 1846 vise à sécuriser l’approvisionnement en bois ([Web:1]). Contrairement à certaines verreries provençales adoptant le charbon dès 1784 (Marseille, Arles), Gémenos n’a pas accès à des gisements de charbon ni à des infrastructures de transport (fleuves, canaux), rendant l’usage du charbon improbable ([Web:2]). L’eau du Fauge alimente les meules et scieries, essentielles au façonnage du verre ([Web:14]).
Infrastructure
En 1868, la verrerie comprend 2 fours, une taillerie, deux meules et une scierie, soutenus par le bois local et l’eau ([Provided]). Cette infrastructure reflète une manufacture bien équipée, mais dépendante des ressources forestières.
Reconnaissance
- 1839 : Médaille de bronze à Paris pour les gobelets Rozan ([Web:0]).
- 1844 : Éloges pour la diversification, notamment les bouteilles noires ([Web:0]).
Chapitre 4 : Déclin et fermeture
En octobre 1868, une annonce dans La Presse propose la verrerie à la location, signalant un déclin d’activité ([Web:7]). Les raisons probables incluent :
- Concurrence : Les verreries de Marseille (Montredon, Saint-Louis) captent une part croissante du marché ([Web:0]).
- Épuisement des forêts : Malgré Pinval, la déforestation limite l’approvisionnement en bois ([Web:1]).
- Obsolescence technologique : Les verreries modernes, utilisant le charbon ou les fours à gaz Siemens, surpassent les fours à bois ([Web:2]).
Aucune source ne confirme une activité après 1868, suggérant une fermeture probable à cette période. Le site, intégré au parc départemental de Saint-Pons, conserve des traces industrielles ([Web:14]).
Héritage
La Verrerie de Gémenos laisse un héritage significatif :
- Patrimoine industriel : Le parc départemental de Saint-Pons, incluant l’abbaye cistercienne, une papeterie et des vestiges de la verrerie, témoigne de l’activité économique du XIXe siècle ([Web:14]).
- Réseaux familiaux : Les alliances entre les Grimblot, Rozan, Robichon et Valck illustrent la mobilité des verriers entre l’Alsace, la Franche-Comté et la Provence ([Provided, Web:17]).
- Production verrière : La qualité des verres à vitre et des bouteilles noires contribue à la réputation des verreries provençales, exportées jusqu’aux colonies et aux États-Unis ([Web:0]).
- Mémoire locale : Le domaine de Pinval, acquis par Rozan, reste un symbole de l’approvisionnement en bois ([Web:1]).
Conclusion
La Verrerie de Gémenos, fondée vers 1790, probablement par Pons Grimblot, incarne l’essor de l’industrie verrière provençale. Alimentée par le bois des forêts locales, elle produit des verres à vitre, des bouteilles noires et des gobelets de haute qualité, rivalisant avec les grandes manufactures. Sous Grimblot, Scalabrino et Rozan, elle prospère jusqu’au milieu du XIXe siècle, avant de décliner face à la concurrence des verreries modernes et à l’épuisement des ressources forestières. Son héritage perdure dans le parc de Saint-Pons, les vestiges industriels et la mémoire des verriers qui ont façonné son histoire. Pour approfondir, les Archives départementales des Bouches-du-Rhône (série M) et les travaux sur la famille Rozan offrent des pistes précieuses.
Références
- Annonce de la verrerie de Gémenos, Journal de Provence, 18 mai 1790
- Mise en location de la verrerie, La Presse, 7 octobre 1868
- Histoire du domaine de Gros Driou et François Rozan
- Histoire des verriers d’Auriol à Wildenstein
- Verres de mariés du XIXe siècle en Provence
- Histoire de la verrerie de Tourris, Provence
- Sentier de la glacière à Gémenos, parc de Saint-Pons
- Généalogie de Gustave Pierre Jean Rozan
- Article Wikipédia sur la commune de Gémenos
Personnalités Clés
Verriers Associés
George Antoine Sigwart (1725 - 1791)
Galerie d'Images
Vallon de Saint-Pons - L'ancienne verrerie (1905)