Noms et raisons sociales au fil du temps
- Verrerie royale de CouëronNom d'UsagePériode : 1784-1792
Sa fondation ayant été accordée par lettres patentes, la Verrerie ou Manufacture de Couëron a pu porter le titre de "royale". Évidemment, ce titre a été supprimé après la chute de la Monarchie.
Histoire
Fondation et contexte initial
Fondée en 1784 sous Louis XVI par Nicolas de la Haye Dumeny, la Verrerie Royale de Couëron est établie à Couëron, en Loire-Atlantique, à proximité de la Loire, un emplacement stratégique pour l’acheminement du charbon et des matières premières (sable, soude). Dumeny, fils du propriétaire de la verrerie de Lafond près de La Rochelle, ambitionne initialement une implantation à Nantes pour éviter l’octroi, mais choisit Couëron pour son accès fluvial et ses ressources, notamment la butte de lest riche en matériaux. Le site, couvrant 23 000 m², forme un ensemble fermé avec des halles centrales abritant les fours et des galeries pour les ouvriers, similaire aux verreries de Varades et d’Ingrandes. Autorisée par lettres patentes le 31 mars 1784, la verrerie produit des bouteilles, des dames-jeannes, et du verre noir, destinés aux marchés locaux et viticoles.
Direction sous René-Julien Ballan
De 1785 à 1793, la verrerie est dirigée par René-Julien Ballan (1761-1824), issu d’une famille notable de la Basse-Loire, anoblie et présente à l’Armorial d’Hozier. Ancien trésorier général des finances à Nantes, Ballan perd sa charge en 1790 avec les réformes révolutionnaires. Accusé en 1793 de tenir des rassemblements contre-révolutionnaires, il est arrêté et figure parmi les 132 Nantais envoyés à Paris pour être jugés. Malade, il est retenu à Angers, rejoint Saumur, et est acquitté en novembre 1794, notamment grâce à Jean-Jacques Goulin, qui incrimine Jean-Baptiste Carrier. Ballan, marié en 1788 à Adélaïde Chancerel d’Ardennes, apporte une gestion rigoureuse à la verrerie, consolidant sa production malgré les troubles de la Révolution.
Production et innovations
La verrerie, fonctionnant au charbon, produit environ un million de bouteilles par an en 1840 et 1870, destinées principalement aux vins et spiritueux de la région nantaise et du vignoble ligérien. Les fours à charbon, alimentés par la houille acheminée via la Loire, permettent une fusion à 1 500 °C, avec des bains maintenus à 1 300 °C pour le soufflage et une recuisson à 500 °C. Les verriers, souvent des gentilshommes issus de dynasties italiennes ou bohémiennes, maîtrisent la technique du soufflage à la canne, produisant des bouteilles artisanales aux formes imparfaites. En 1884, un four à bassin continu (système Donzel) est testé, chauffé au gaz de houille, mais son adoption reste limitée face à la concurrence des verreries mécaniques.
Conditions de travail et vie ouvrière
Les verriers forment une élite artisanale, bénéficiant de privilèges hérités des chartes médiévales, comme l’exemption d’impôts. Organisés en équipes (souffleur, gamin, maniqueux), ils travaillent dans des conditions éprouvantes : chaleur intense, risques de brûlures, et horaires décalés. Les souffleurs, payés à la pièce, produisent 600 à 700 bouteilles par jour en 1851, un travail exigeant une habileté exceptionnelle. Les ouvriers vivent dans une cité ouvrière close, avec logements, écoles, et bains-douches, créant une communauté soudée mais isolée. Les archives mentionnent des verriers comme Laurent Gérard, natif de Carmaux, employé à Couëron de 1786 à l’an VI, illustrant la mobilité des artisans.
Crises et reconversions
Pendant la Révolution (1789-1794), la verrerie est abandonnée en raison des troubles et de l’arrestation de Ballan. Au début du XIXe siècle, le site est reconverti en savonnerie, activité moins dépendante des ressources locales. En 1827, l’activité verrière reprend, portée par la demande croissante de bouteilles pour le commerce maritime nantais. Cependant, à partir des années 1880, la verrerie peine à concurrencer les verreries à gaz installées près des gares de Nantes, comme celles de Givors, qui adoptent des fours Siemens et des procédés mécanisés. Les travaux d’endiguement de la Loire, bloquant le port de Couëron, compliquent l’approvisionnement en charbon et sable, tandis que l’obsolescence des fours à charbon accélère le déclin. La verrerie ferme en 1887, laissant place à une butte de terre recouvrant les anciennes galeries, aujourd’hui inaccessible.
Impact économique et social
La Verrerie Royale de Couëron joue un rôle clé dans l’industrialisation de la Basse-Loire, stimulant le commerce fluvial et l’emploi local. Elle attire des verriers qualifiés, souvent étrangers, renforçant la diversité culturelle de la région. La cité ouvrière, avec ses écoles et ses fêtes, comme celles de la Saint-Nicolas (patronne des verriers), forge une identité communautaire forte, encore évoquée par les habitants nés dans le quartier, comme Jean-Claude Ménard (né en 1938). Le site contribue à l’essor de Couëron, aux côtés d’autres industries comme la tour à plomb (1861-1988), marquant le paysage industriel de l’estuaire.
Héritage et mémoire
Après sa fermeture, le site de la verrerie est partiellement démantelé, mais ses vestiges (fondations, galeries) sont étudiés par des archéologues et intégrés au circuit du patrimoine industriel de Couëron. La ville, à travers des initiatives comme la plaquette À la découverte du patrimoine industriel de Couëron (2014), valorise cet héritage. Jean-Claude Ménard, dans son Essai d’historique de la verrerie (2014), tente de combler les zones d’ombre sur les raisons de la fermeture, soulignant l’esprit de solidarité de la cité. Aujourd’hui, le quartier de la Verrerie reste un lieu de mémoire, évoqué lors des Journées du patrimoine et dans les récits des anciens habitants.
Conclusion
La Verrerie Royale de Couëron, née d’une ambition industrielle sous Louis XVI, a prospéré pendant un siècle grâce à sa position stratégique et à la direction de figures comme René-Julien Ballan. Malgré des crises, elle a marqué l’histoire économique et sociale de Couëron, avant de succomber à la concurrence des verreries mécaniques et aux contraintes logistiques. Son héritage perdure dans le patrimoine local, rappelant l’âge d’or de l’industrie verrière ligérienne.
Personnalités Clés
Verriers Associés
Sources
- Mairie de Couëron - Verrerie par Mairie de Couëron [Lien]