Noms et raisons sociales au fil du temps
- J. B. Neuvesel et CieNom d'Usage
- Verrerie Souchon-Neuvesel Raison SocialePériode : 1907-1936
Histoire
La Société des Nouvelles Verreries de Givors, fondée en 1864 à Givors (Rhône, Auvergne-Rhône-Alpes), est un pilier de l’industrie verrière française. Évoluant sous les noms de Verrerie Souchon-Neuvesel, Boussois-Souchon-Neuvesel (BSN), BSN-VMC, et enfin BSN Glasspack, elle a marqué l’histoire industrielle de la vallée du Gier jusqu’à sa fermeture en 2003. Située entre la rivière Gier, la voie ferrée, et les rues de Montrond et Pierre Sémard, elle a produit des millions de bouteilles pour le vin, les eaux minérales, et l’industrie chimique. Cet article explore son développement, ses innovations, ses défis, et son héritage, à partir des archives et des témoignages disponibles.
Fondation et essor initial (1864-1875)
En 1864, Jean-Baptiste Neuvesel (1817-1900), issu d’une famille de verriers du Chablais et de Franche-Comté, et Jean-Baptiste Momain, anciens directeurs de la Compagnie Générale des Verreries de la Loire et du Rhône, fondent la Société des Nouvelles Verreries de Givors. Ils rachètent la cristallerie May, située dans le quartier de la Freydière, un emplacement stratégique entre le Gier au nord, la voie ferrée au sud, et les rues de Montrond et Pierre Sémard à l’ouest. Assez rapidement, vers 1865, ils intègrent la société Crine Frères, en faillite, qui possédait une usine voisine de la leur (verrerie de la Fredière), laquelle fabriquait de la bouteillerie, flacons en tous genres, topettes, etc.
Dès sa création, la verrerie connaît une croissance fulgurante. En 1864, elle emploie 55 ouvriers, mais ce nombre passe à 400 en 1875. En 1870, l’usine s’étend sur 11 000 mètres carrés, possède trois fours de fusion avec 24 creusets, et produit 4,3 millions de bouteilles par an, dont 2,5 millions de dames-jeannes (bonbonnes de 20 à 60 litres, souvent clissées d’osier). Elle dessert principalement les producteurs de vin des Côtes-du-Rhône, du Beaujolais et de Bourgogne, bénéficiant de la proximité du charbon de la vallée du Gier, du sable local, et de l’eau du Gier et du Rhône ([yves.c.free.fr/givvmc2.html]).
La verrerie s’inscrit dans une tradition verrière ancienne à Givors, initiée par la Verrerie Royale de 1749, qui utilisait le charbon pour produire du verre moderne. Le canal de Givors (1788) et la voie ferrée facilitent l’approvisionnement et l’exportation, renforçant la position stratégique de l’usine (www.givors.fr).
Diversification face à la crise du phylloxéra (1875-1900)
La crise du phylloxéra, qui ravage les vignobles rhodaniens à partir de 1870, menace la production de bouteilles à vin. Pour survivre, la verrerie se diversifie vers les eaux minérales (Évian, Vittel, Vals) et l’industrie chimique, qui utilise des bonbonnes pour conditionner acides et solvants. Cette stratégie, adoptée par d’autres verreries de la vallée du Gier, permet à l’entreprise de maintenir sa croissance ([yves.c.free.fr/givvmc2.html]).
En 1878, Fleury Neuvesel, fils de Jean-Baptiste, introduit le four à gaz Siemens, importé d’Allemagne, qui permet un fonctionnement continu et augmente l’efficacité énergétique. Il instaure également les brigades en 3x8 (trois équipes de huit heures), rationalisant le travail. En 1880, la verrerie devient la deuxième plus importante du sud-est, derrière la Verrerie Richarme de Rive-de-Gier (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).
En 1891, une grève significative éclate, impliquant 170 ouvriers (un tiers des effectifs), qui protestent contre les conditions de travail et les salaires. Cette grève, la première majeure de l’entreprise, reflète les tensions sociales dans une industrie en mutation. Jean-Baptiste Haour, verrier domicilié rue de Montrond, pourrait avoir participé à ce mouvement avant de rejoindre Rive-de-Gier en 1893 ([yves.c.free.fr/givvmc2.html]).
Mécanisation et apogée (1900-1936)
Le début du XXe siècle marque l’apogée de la verrerie avec l’introduction de la mécanisation. En 1904, la machine semi-automatique Boucher, testée à Veauche, est adoptée. Cette machine, où le verre en fusion est versé manuellement mais soufflé à l’air comprimé, remplace progressivement les souffleurs traditionnels pour les bouteilles standard. Le soufflage à la bouche persiste pour les bouteilles épaisses, comme les champenoises ([yves.c.free.fr/givvmc2.html]).
En 1905, Marie Neuvesel, fille de Fleury, épouse Eugène Souchon, ingénieur diplômé de l’École centrale de Paris. Souchon prend la direction en 1907, renommant l’entreprise Verrerie Souchon-Neuvesel. Sous sa gestion, la verrerie signe des contrats majeurs avec Évian, Badoit, Vittel, et Vals en 1910, devenant un leader dans l’emballage d’eaux minérales. En 1910, des inondations dévastatrices frappent Givors, arrêtant trois des quatre fours de l’usine et causant un chômage temporaire, comme rapporté par le maire François Brossette ([yves.c.free.fr/galerie/category.php?cat=18]).
En 1916, Souchon-Neuvesel acquiert une participation majoritaire dans la Verrerie Richarme, consolidant son contrôle sur Badoit. En 1921, la production est totalement mécanisée avec les machines O’Neill, Lynch, et les feeders Rankin, réduisant les effectifs manuels. En 1931, à la mort d’Eugène Souchon, sa veuve Marie Neuvesel-Souchon dirige l’entreprise avec Amédée Frachon et ses neveux Lucien Frachon et Georges Roque. En 1936, un accord avec Saint-Gobain évite une guerre commerciale, permettant à Souchon-Neuvesel de se concentrer sur le verre creux (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).
Conditions de travail et immigration
Les conditions de travail à la verrerie étaient rudes, surtout avant la mécanisation. Les souffleurs, exposés à des fours à 1 300-1 500 °C, produisaient jusqu’à 400 bouteilles par jour dans des conditions dangereuses, avec des risques de brûlures et d’inhalation de fumées toxiques (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr). Les enfants et les femmes, employés jusqu’à la fin du XIXe siècle, effectuaient des tâches subalternes, comme documenté par Christine Anthonioz-Blanc (1864-1899) (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).
La verrerie attirait une main-d’œuvre immigrée, notamment italienne et espagnole. Les Italiens, majoritairement du sud, dominaient le métier de souffleur et s’installaient dans le quartier de la Freydière, surnommé « quartier des Italiens ». Les Espagnols, arrivés en nombre après 1936 (guerre civile), tressaient l’osier pour les dames-jeannes. Après 1945, des travailleurs d’Afrique du Nord rejoignaient l’usine, reflétant la diversité de Givors (www.givors.fr). Des logements ouvriers, comme les « casernes » près du site, et des cités comme les « maisons Prénat » (1949) amélioraient les conditions de vie (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).
Fusions et industrialisation (1936-1999)
En 1966, sous la présidence d’Antoine Riboud, petit-neveu d’Eugène Souchon, la verrerie fusionne avec les Glaces de Boussois, formant Boussois-Souchon-Neuvesel (BSN). Cette fusion vise à concurrencer Saint-Gobain, mais une OPA ratée en 1969 pousse BSN à se diversifier dans l’agroalimentaire (Kronenbourg, Évian, Blédina) (fr.wikipedia.org). En 1973, BSN fusionne avec Gervais-Danone-Panzani, abandonnant le verre plat pour se concentrer sur l’alimentation. La verrerie de Givors, spécialisée dans le verre creux, reste active sous le nom BSN (fr.wikipedia.org).
En 1985, BSN intègre les Verreries Mécaniques Champenoises (VMC), devenant BSN-VMC. En 1994, le groupe est rebaptisé Groupe Danone, mais la branche emballage reste BSN Glasspack. En 1999, Danone vend 56 % de BSN Glasspack à des fonds de pension anglo-saxons, marquant le début d’une gestion financiarisée (fr.wikipedia.org). À son apogée, l’usine emploie 300 à 400 ouvriers, produisant des millions de bouteilles grâce à des fours modernes (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).
Crises et fermeture (1999-2003)
En avril 2001, BSN Glasspack annonce un plan de restructuration, incluant la fermeture de l’usine de Givors, malgré sa rentabilité. Les 317 salariés restants, soutenus par les syndicats, organisent grèves, manifestations, et un référendum local pour s’opposer à la décision. En janvier 2003, le dernier four est vidé, marquant la fin de 250 ans d’activité verrière à Givors. Le 31 janvier 2003, l’usine ferme techniquement, avec une fermeture administrative en juin 2003 (france3-regions.francetvinfo.fr).
Le plan social, négocié sous pression, est relativement avantageux, avec des reclassements et des préretraites. Une association des anciens verriers est créée, obtenant un local face à la verrerie et une mutuelle à tarifs préférentiels. En 2004, BSN Glasspack est vendu à Owens-Illinois pour environ 1,16 milliard d’euros, qui hérite des dossiers du personnel (www.glassonline.com). Les anciens verriers se battent depuis pour la reconnaissance des cancers professionnels, liés à l’exposition aux fumées et produits chimiques (reporterre.net).
Impact économique et social
La verrerie a transformé Givors en un centre industriel majeur. À son apogée, elle employait jusqu’à 400 ouvriers, stimulant l’économie locale et attirant une main-d’œuvre immigrée. Elle a soutenu l’industrie viticole, les eaux minérales, et la chimie, tout en participant à l’innovation industrielle (fours Siemens, mécanisation). Socialement, elle a forgé une identité ouvrière, marquée par des grèves (1891) et une solidarité communautaire, incarnée par l’Association des anciens verriers (france3-regions.francetvinfo.fr).
Le quartier de la Freydière, avec ses logements ouvriers, reste un symbole de cette histoire. La donation de terrains par Marie Neuvesel-Souchon en 1913 à la congrégation des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, pour des ateliers et un orphelinat, illustre le paternalisme industriel de l’époque (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr). Les inondations de 1910, qui ont paralysé l’usine, soulignent la vulnérabilité de Givors aux crues du Rhône et du Gier (yves.c.free.fr).
Localisation et état actuel
L’usine, située entre le Gier, la voie ferrée, et les rues de Montrond et Pierre Sémard, couvrait 11 000 m² à son apogée, avec une portion de voie ferrée pénétrant le site pour faciliter le transport. Intégrant l’ancienne verrerie Crine Frères, elle était au cœur du quartier de la Freydière (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr). Après la fermeture en 2003, le site est démantelé, ne laissant qu’une cheminée de 50 mètres, équipée d’un château d’eau, visible près du parking du Megarama et du quai Eugène Souchon (france3-regions.francetvinfo.fr).
Des logements ouvriers (« casernes ») et le bâtiment des syndicats subsistent, mais l’usine elle-même a disparu. Le sentier de randonnée « Sur les traces des verriers » (proposé par l’Office de Tourisme de Givors) et une plaque commémorative près de la cheminée perpétuent la mémoire de l’usine. L’Association des anciens verriers envisage un musée pour exposer objets et archives sauvés de la destruction (france3-regions.francetvinfo.fr).
Héritage et mémoire
La verrerie a laissé une empreinte durable à Givors. La cheminée, dernier vestige, est un point de repère emblématique, célébré lors de la cérémonie du 14 janvier 2023, marquant les 20 ans de la fermeture (france3-regions.francetvinfo.fr). Les archives, étudiées par des chercheurs comme Nadine Halitim-Dubois, et des ouvrages comme Le Feu de l’action de Martine Capelle et Pierre Labasse (1995), documentent son histoire (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr). Le livre de Pascal Marichalar, Qui a tué les verriers de Givors ? (2017), explore les impacts sanitaires de l’industrie verrière (journals.openedition.org).
Le patrimoine verrier est valorisé par des initiatives locales, comme le sentier pédestre et les expositions de l’Association des anciens verriers. La verrerie a également influencé la toponymie, avec le quai Eugène Souchon et la rue de l’Égalité, où se trouvait la Verrerie Royale de 1749 (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr). Givors, carrefour industriel, reste marquée par cette histoire, intégrée au patrimoine régional (patrimoine.auvergnerhonealpes.fr).
Conclusion
La Société des Nouvelles Verreries de Givors, de 1864 à 2003, incarne l’essor et le déclin de l’industrie verrière française. De l’ambition de Jean-Baptiste Neuvesel à la mécanisation sous Eugène Souchon, elle a surmonté la crise du phylloxéra, les inondations, et les grèves pour devenir un leader national. Sa fermeture, malgré sa rentabilité, reflète la désindustrialisation et la financiarisation des années 2000. Aujourd’hui, la cheminée de 50 mètres, les archives, et la mémoire des verriers perpétuent son héritage, faisant de Givors un symbole du patrimoine industriel rhodanien.
Références
- Dossier sur la verrerie de Givors - Informations détaillées sur l’histoire et le site de la verrerie.
- Historique de BSN-VMC et fermeture - Chronologie des évolutions et détails sur la fermeture.
- Rapport sur les inondations de 1910 - Description des impacts des inondations sur Givors.
- Images de la verrerie vers 1880 - Illustrations historiques de l’usine.
- Givors, place forte de la Révolution industrielle - Contexte industriel et historique de Givors.
- Cérémonie du 20e anniversaire de la fermeture - Événement commémoratif et témoignages.
- Combat des verriers contre les cancers - Lutte pour la reconnaissance des maladies professionnelles.
- Qui a tué les verriers de Givors ? - Analyse sociologique des impacts sanitaires.
- Acquisition de BSN Glasspack par Owens-Illinois - Détails de la vente en 2004.
- Nouvelles bouteilles BSN Glasspack - Innovations dans les bouteilles AOC.
- Syndicats de la verrerie VMC de Givors - Réactions syndicales à la fermeture.
- Histoire de Boussois-Souchon-Neuvesel - Contexte des fusions BSN.
- Histoire de BSN Glasspack - Évolution et acquisition par Owens-Illinois.
Personnalités Clés
Verriers Associés
Galerie d'Images
Givors - La Verrerie Souchon-Neuvesel (1915}
Givors - Rue de Montrond - La Roche Macaire et la Verrerie