Verrerie des Essarts-Cuenot

Aussi connue sous : Verrerie du Bief d’Étoz

Noms et raisons sociales au fil du temps

  • Verrerie du Bief d’ÉtozNom d'Usage

    C'est le nom d'usage de la verrerie jusqu'à ce que le hameau des Essarts-Cuenot ne deviennent une commune à part entière. Le nom a sans doute perduré après.

Histoire

La Verrerie des Essarts-Cuenot, également connue sous le nom de Verrerie du Bief d’Étoz, est une ancienne manufacture de verre située dans le canton de Charmauvillers, dans le département du Doubs, en Bourgogne-Franche-Comté. Fondée en 1684, elle a joué un rôle clé dans l’industrie verrière artisanale de la Franche-Comté aux XVIIe et XVIIIe siècles. Située à Côte de la Verrerie, près du Doubs, elle a produit du verre émaillé, des bouteilles et des objets décoratifs jusqu’à son déclin rapide sous la Révolution française, et sa fermeture définitive qui a probablement eu lieu vers 1850-1860. Cet article retrace son histoire, sa production, son emplacement, les raisons de sa fermeture et son héritage, en s’appuyant sur des sources historiques et des recherches généalogiques.

Fondation et développement initial

La verrerie aurait été établie en 1684 par un certain Devaud, un maître verrier, au lieu-dit Côte de la Verrerie, en contrebas du hameau des Essarts-Cuenot, dans la commune de Charmauvillers (verrelene.org). Ce hameau, autonome de 1793 à 1868 avant son rattachement à Charmauvillers, est niché dans la vallée du Doubs, offrant un accès à l’eau, au bois et au sable, essentiels à la production verrière. Sous la direction de Melchior Grezely, la verrerie s’agrandit, et en 1697, son fils Michel Grezely prend la relève, renforçant son importance locale.

En 1758, un incendie détruit l’usine, mais elle est reconstruite avec l’ajout d’une gobeleterie, spécialisée dans les chapelets, perles, boutons, verres colorés et gravés (verrelene.org). En 1774, des associés comme J. B. Paupe, J. Grand-Perrin et Henri Schalle rejoignent l’entreprise, signe de son expansion. Un procès en 1734, documenté dans les archives jurassiennes, reflète des tensions juridiques, peut-être liées à des litiges fonciers ou commerciaux (Archives Cantonales du Jura).

Production et techniques

La verrerie emploie environ 20 ouvriers en 1774 et se distingue par sa production de verre émaillé, étudiée par Jeannine Geyssant (amisdesevres.com). Ce verre, décoré de motifs émaillés, est prisé pour son esthétique. Elle fabrique également des bouteilles, des verres à pied et, plus tard, des objets religieux comme des calices, ciboires et ostensoirs, bien que cette dernière tentative échoue. Les techniques reposent sur le soufflage à la canne, avec des fours à bois atteignant 1 300-1 500 °C.

Le sable (silice) pour le verre blanc est importé de Bellelay, en Suisse, comme l’attestent des documents de 1734 et 1811 (Société jurassienne d’Emulation). Le bois, essentiel pour les fours, est acheminé par flottage sur le Doubs, une pratique documentée en 1778 (Archives Départementales du Doubs). Ces échanges transfrontaliers soulignent l’intégration de la verrerie dans un réseau économique régional.

Conditions de travail

Les verriers, souvent issus de dynasties de Forêt-Noire (Schmid, Raspiller) ou suisses (Grezely), forment une élite artisanale (Geneanet). Organisés en équipes (souffleur, gamin, maniqueux), ils travaillent dans des conditions difficiles : chaleur intense, risques de brûlures, et horaires de 7-8 heures. Les enfants, dès 12 ans, participent à des tâches subalternes, comme le transport du verre chaud. Payés à la pièce, les verriers subissent des déductions pour les rebuts.

La communauté vit dans des logements proches des fours, formant un microcosme isolé. La chapelle Notre-Dame du Bief d’Étoz, construite en 1694 et restaurée récemment, sert de lieu de culte et de rassemblement, renforçant l’identité collective (Wikipedia Charmauvillers). Les fêtes de la Saint-Nicolas, patronne des verriers, sont probablement célébrées, comme dans d’autres verreries de l’époque.

Localisation et environnement

La verrerie est située à Côte de la Verrerie, entre les Échelles de la Mort et l’usine de la Goule, près de Noirmont, dans la vallée du Doubs (verrelene.org). Construite sur un terrain loué à la famille Rondot, meuniers du Bief d’Étoz, elle se trouve dans le hameau des Essarts-Cuenot, qui bénéficie de la proximité de la frontière suisse pour les échanges commerciaux. Le Doubs fournit l’eau pour le refroidissement et le flottage du bois, tandis que les forêts environnantes alimentent les fours.

Le site est encore identifiable aujourd’hui, mentionné dans des sentiers de randonnée comme le GR®5 (visorando.com). Des cartes postales anciennes montrent le paysage du Bief d’Étoz, avec des comparaisons entre l’« hier » et l’« aujourd’hui » (cartorum.fr).

Crises et fermeture

La verrerie connaît plusieurs crises. Un procès en 1734, peut-être lié à des litiges fonciers, et l’incendie de 1758 marquent des périodes difficiles (Archives Cantonales du Jura). La Révolution française précipite sa fermeture. Sous la direction de citoyen Blondeau, la tentative de produire des objets religieux en verre pour remplacer les métaux précieux confisqués échoue, probablement en raison d’un manque de demande ou de qualité insuffisante (verrelene.org).

Au XIXe siècle, la concurrence des verreries industrielles, comme celles de Givors ou Saint-Gobain, utilisant des fours à charbon et des techniques mécanisées, marginalise les petites manufactures artisanales. La verrerie ferme ses portes, probablement avant 1868, coïncidant avec le rattachement des Essarts-Cuenot à Charmauvillers.

Impact économique et social

La verrerie stimule l’économie locale en employant des verriers et en soutenant le commerce régional, avec des livraisons attestées jusqu’au Mont-Blanc en 1797 (verrelene.org). Elle s’inscrit dans un réseau d’industries le long du Doubs, incluant moulins et forges. Socialement, elle forge une communauté soudée, marquée par la chapelle du Bief d’Étoz et les traditions des verriers, souvent d’origine étrangère (Geneanet).

Les recherches généalogiques, comme celles de Martine Boillat-Lecourt, révèlent l’influence des familles verrières, dont les Grezely, dans la transmission des savoir-faire (Geneanet). Ces artisans, mobiles entre la Franche-Comté et la Suisse, contribuent à une culture verrière régionale riche.

Héritage et mémoire

Aucun vestige industriel majeur (fours, halles) ne subsiste à Côte de la Verrerie, mais le site reste identifiable via les sentiers de randonnée (visorando.com). La chapelle Notre-Dame du Bief d’Étoz, datant de 1694, est le principal témoignage matériel, entretenue par une association locale (Wikipedia Charmauvillers). Des objets attribués à la verrerie, comme des verres émaillés, sont conservés dans des collections privées, bien que leur origine soit difficile à certifier.

Les archives communales de Charmauvillers et les Archives Cantonales du Jura (Archives Cantonales du Jura) contiennent des documents précieux, comme des actes notariés et des inventaires. L’article de Charles Alfred Michel, « Les Verreries du Doubs » (1935), offre une analyse historique détaillée (verrelene.org). Le patrimoine verrier de Franche-Comté, valorisé par des initiatives régionales, intègre le Bief d’Étoz dans une histoire industrielle plus large.

Contexte régional

La Verrerie des Essarts-Cuenot s’inscrit dans une tradition verrière artisanale en Franche-Comté, où de nombreuses petites manufactures prospèrent avant l’industrialisation. Bien que moins connues que Baccarat ou Saint-Louis, fondées dans les années 1760, ces verreries locales développent des techniques qui préfigurent les innovations du XIXe siècle, comme le soufflage-moulé et l’émaillage (Glass Encyclopedia). La proximité de la Suisse favorise les échanges de savoir-faire, comme en témoigne la carrière d’Étienne Gresly, verrier du Bief d’Étoz, à Laufon en 1784.

Conclusion

La Verrerie des Essarts-Cuenot, active de 1684 au milieu du XIXe siècle, incarne l’âge d’or des manufactures artisanales en Franche-Comté. De sa fondation par Devaud à son déclin amorcé sous la Révolution, elle a marqué l’économie et la culture locales par sa production de verre émaillé et d’objets utilitaires. Malgré sa disparition, son héritage perdure à travers la chapelle du Bief d’Étoz, les archives et les recherches généalogiques, rappelant l’importance des verriers dans l’histoire industrielle de la région.

Personnalités Clés

Verriers Associés

Galerie d'Images

Biez d'Étoz - Ancienne Verrerie

Biez d'Étoz - Ancienne Verrerie

Biez d'Étoz - Le hameau et le moulin

Biez d'Étoz - Le hameau et le moulin

Biez d'Étoz - Scierie de la Goule

Biez d'Étoz - Scierie de la Goule

À Découvrir Aussi