Histoire
La verrerie de Rodalben, active de 1715 à 1731 dans le Palatinat, incarne les dynamiques et les défis des verreries forestières du XVIIIe siècle. Fondée par Jakob Schmid, un maître verrier aux origines liées à l’Allgäu et à la Forêt-Noire, elle fut ensuite dirigée par Johann Conrad Weygant (un maître verrier originaire de Hesse) et, potentiellement, Jean Guillaume Weiland. Malgré une production reconnue pour sa qualité, l’établissement cessa ses activités en 1731 en raison d’une pénurie de bois, soulignant la dépendance critique de cette industrie aux ressources forestières. Son histoire, bien que brève, reflète l’essor industriel et les réseaux artisanaux d’une région au carrefour des traditions verrières européennes.
Contexte historique et géographique
Au début du XVIIIe siècle, le Palatinat, sous l’administration du Comté de Hanau-Lichtenberg (passé à la Hesse-Darmstadt en 1736), connaissait un renouveau des verreries forestières. Ces établissements, implantés dans des zones boisées pour accéder au combustible essentiel, répondaient à une demande croissante de verre plat pour les vitrages et de verre creux pour la gobeletterie et les bouteilles, stimulée par le commerce du vin et de la bière. Rodalben, dépendant de l’Amt Lemberg, bénéficiait de sa proximité avec des forêts abondantes et de son positionnement au croisement d’influences techniques de régions verrières majeures : la Forêt-Noire, l’Allgäu, la Hesse et la Lorraine. L’Amt Lemberg englobait d’autres verreries et ateliers de potasse, un fondant crucial pour le verre, renforçant l’importance de cette industrie dans l’économie locale. Les familles de verriers, telles que les Schmid, Hockenmüller, Sigwart, Vögt et André, formaient un réseau interconnecté, marqué par des alliances matrimoniales et une forte mobilité artisanale, favorisant la circulation des savoir-faire.
Fondation et premières années (1715-1720)
La verrerie fut fondée en 1715 par Jakob Schmid, un maître verrier expérimenté dont les origines sont débattues. Certaines sources le rattachent à Wangen im Allgäu, où il serait né, fils de Peter Schmid, originaire de St. Blasien (Forêt-Noire), et petit-fils de Johann Schmid, du canton de Soleure en Suisse, une région connue pour ses verriers. D’autres hypothèses mentionnent la seigneurie de Trautbuch, bien que sa localisation reste incertaine. Avant Rodalben, Jakob Schmid aurait travaillé dans des verreries comme Losterwald, Wiefalten et Mattsthal, accumulant une expertise variée. L’implantation de la verrerie, « à l’écart du village, à l’endroit où un chemin de charretier mène à Fehrbach et un chemin latéral bifurque vers Petersberg » (coordonnées probables : 49.240778, 7.599540), suivait le modèle des verreries forestières, privilégiant l’accès au bois et un certain isolement pour limiter les nuisances.
Jakob Schmid épousa Anastasia Hockenmüller, née en 1696 à Kunratshofen (Allgäu), issue d’une famille de verriers renommée. Fille de Jakob Hockenmüller et Brigitte Schmidt, elle apporta des liens avec les traditions verrières de l’Allgäu, région réputée pour ses bouteilles et son verre à vitre. Ce mariage, typique des alliances entre familles verrières, consolida les savoir-faire et les réseaux professionnels. La verrerie gagna rapidement une réputation pour la qualité de ses produits, probablement des verres creux (bouteilles, gobelets) et plats (vitrages), écoulés aisément sur les marchés locaux et régionaux. La mort prématurée de Jakob Schmid en 1720, probablement d’une maladie, mit fin à cette phase initiale, laissant Anastasia et leurs sept enfants face à un avenir incertain.
Transition et gestion (1720-1731)
En 1721, Anastasia se remaria avec Johann Conrad Weygand, un maître verrier originaire de la Hesse, région riche en traditions verrières. Ce remariage, courant pour assurer la continuité des ateliers, permit à Weygand de prendre la direction de la verrerie. Son expertise hessoise, marquée par des techniques avancées de soufflage et de composition du verre, maintint la qualité de la production. Des sources généalogiques, non confirmées par des archives, suggèrent que Weygand mourut en 1724, auquel cas Anastasia se serait remariée avec Jean Guillaume Weiland, dont l’origine reste inconnue mais qui mourut en 1755 à Amblève (Belgique). Weiland aurait alors dirigé la verrerie à partir de 1725. La présence attestée d’artisans qualifiés renforça l’atelier : Johann Leonhardt Sigwart, né en 1685 à St. Blasien (Forêt-Noire), fils de Joseph Sigwart d’une dynastie verrière prestigieuse, est attesté à Rodalben en 1725, où son fils Georg Anton fut baptisé. Sigwart, actif auparavant à Grünwald (1705-1706), rejoignit dès 1726 la verrerie d'Otterberg après Rodalben. Laurent Vögt, marié en 1725 à Marie Madeleine Schmid (fille de Jakob), et Balthazar André ou Andres, lui aussi d'origine germanique, époux d’Agathe Vögt (sœur de Laurent) en 1726, témoignent des liens familiaux étroits structurant cette communauté.
Production
La verrerie produisait probablement du verre creux (bouteilles, gobelets, pichets) et du verre plat (vitrages), typiques des verreries forestières. La « bonne qualité » mentionnée dans les sources suggère un verre utilitaire soigné, avec une clarté relative et une solidité adaptée aux besoins locaux, notamment pour le commerce du vin et les vitres des habitations. Les techniques incluaient le soufflage à la canne pour le verre creux et le soufflage en manchon pour le verre plat, utilisant du sable, de la potasse (obtenue par incinération de bois) et de la chaux. La production de « Waldglas », un verre verdâtre dû aux impuretés des matières premières, était probable, bien que des efforts pour obtenir un verre plus clair témoignent d’une recherche de qualité. La verrerie employait un effectif estimé de 10 à 30 personnes, incluant maîtres verriers, souffleurs, apprenants et ouvriers spécialisés (broyeurs de sable, fabricants de creusets, bûcherons).
Défis et fermeture
La verrerie dépendait fortement du bois, utilisé comme combustible pour les fours (1200-1500°C) et pour produire la potasse. Cette consommation intensive entraîna une déforestation rapide, conduisant à la fermeture de l’établissement en 1731 pour « pénurie de bois ». Les ordonnances forestières, instaurées dans le Palatinat pour réguler les coupes et contrer la déforestation, ont pu restreindre l’accès au bois, exacerbant la crise. La concurrence avec d’autres industries (forges, salines) et l’augmentation des coûts du bois ont également pu fragiliser l’entreprise. Après la fermeture, les artisans, mobiles par nécessité, se dispersèrent vers d’autres verreries, comme Johann Leonhardt Sigwart à Otterberg. Les installations, probablement abandonnées, ont dû tomber en ruine, faute de reprise pour une autre activité.
Héritage
Malgré sa brève existence, la verrerie de Rodalben contribua à l’économie locale en fournissant des produits verriers et des emplois. Elle illustre la mobilité des artisans, les réseaux familiaux et la dépendance aux ressources naturelles. Ses traces persistent dans les archives, notamment au Landesarchiv Speyer et dans les registres paroissiaux de Rodalben et Lemberg. L'emplacement de la verrerie de Rodalben est décrit dans les sources initiales comme étant "à l’écart du village, à l’endroit où un chemin de charretier mène à Fehrbach et un chemin latéral bifurque vers Petersberg". La localisation proposée (49.240778, 7.599540) sur ce site pourrait être confirmée par des cartes anciennes ou des fouilles archéologiques révélant tessons, creusets ou vestiges de fours.
Sources
- Informations généalogiques sur Jakob Schmid : Geneanet, fiche Jakob Schmidt
- Informations sur Johann Leonhardt Sigwart : Pressglas-Korrespondenz, La famille de verriers Sigwart
- Contexte verrier régional : GR-ATLAS, orbilu.uni.lu
- Gestion forestière : Historisches Lexikon Bayerns, Waldnutzung
Personnalités Clés
Jakob Schmid (1675 - 1720)
Verriers Associés
Johann Leonhardt Sigwart (1685 - 1756)
Galerie d'Images
Rodalben - Palatinat (vers 1930)