Verrerie de Grünwald

Histoire

Au cœur de la Forêt-Noire, l'abbaye bénédictine de Sankt Blasien, dont les origines monastiques remontent au IXe siècle et qui embrassa la réforme clunisienne au XIe siècle, se mua au fil des siècles en une puissance territoriale et économique de premier plan.1 Dans le cadre de la gestion de ses vastes domaines forestiers, l'abbaye joua un rôle déterminant dans l'implantation et le développement de l'industrie verrière. Cette initiative répondait à une double ambition : d'une part, valoriser une ressource naturelle abondante – le bois – en la transformant en un produit marchand prisé, le verre ; d'autre part, favoriser la colonisation et la mise en valeur de terres jusqu'alors peu exploitées.3 La production verrière devint ainsi une composante notable de l'économie abbatiale.6

Les verreries étaient conçues non seulement comme des unités de production, mais aussi comme des agents de transformation du paysage. Le défrichage intensif nécessaire à l'alimentation des fours en combustible et à l'approvisionnement en cendres de bois (source de potasse, un fondant indispensable à la fusion du verre) ouvrait de nouvelles clairières, propices à l'installation de communautés agricoles et artisanales.7 Ainsi, la stratégie de l'abbaye de St. Blasien en matière de verrerie dépassait la simple recherche de profits ; elle s'inscrivait dans une vision à plus long terme de développement économique et territorial. Cette double finalité a profondément influencé la localisation, la durée de vie et les conditions d'exploitation des différentes verreries établies sous son égide.

Le terme "Waldglas", ou "verre de forêt", désigne un type de verre caractéristique produit du Moyen Âge jusqu'au début de l'époque moderne (approximativement du XIIe au XVIIe siècle) dans les régions boisées d'Europe septentrionale et centrale. Ce verre se distingue souvent par une teinte verdâtre, due aux impuretés de fer présentes dans le sable local, et par l'utilisation de cendres de bois, riches en potasse, comme principal agent fondant.7 Les "Waldglashütten", ou verreries forestières, étaient des installations souvent itinérantes ou semi-permanentes, leur implantation étant directement conditionnée par la proximité et l'abondance des ressources en bois.9

La dépendance cruciale au bois était la contrainte majeure de ce modèle productif. L'épuisement progressif des ressources forestières aux abords immédiats d'une verrerie constituait la cause principale et inéluctable de son déplacement ou de sa fermeture.7 On estime qu'une verrerie pouvait consommer des quantités considérables de bois, de l'ordre de 150 à 200 kilogrammes de bois pour produire un seul kilogramme de verre, en comptant le bois nécessaire à la fabrication des cendres et celui utilisé comme combustible pour les fours.9 Cette exploitation intensive des forêts façonna un mode de vie nomade ou semi-nomade pour de nombreuses familles de verriers. La production typique de ces établissements comprenait du verre commun (le Waldglas lui-même), du verre plat destiné aux fenêtres (souvent sous forme de "cives" ou "Butzenscheiben", petites pastilles de verre circulaires ensuite assemblées par des baguettes de plomb), ainsi que du verre creux (gobelets, bouteilles, flacons et autres récipients).7 Le modèle économique et technique des Waldglashütten portait donc en lui les germes de sa propre instabilité géographique, la quête incessante de nouvelles sources de bois étant une caractéristique structurelle de cette industrie primitive.

C'est dans ce contexte de tradition verrière forestière que s'inscrit l'histoire de la verrerie de Grünwald. Bien que soumise aux mêmes contraintes d'approvisionnement en combustible, son existence sur plus d'un siècle témoigne d'une tentative d'établissement plus durable et illustre les défis, les stratégies d'adaptation et les dynamiques sociales propres à cette industrie sous l'Ancien Régime en Forêt-Noire.

Un paysage façonné par le feu : les verreries de l'Abbaye de St. Blasien

Panorama des sites verriers de St. Blasien

L'abbaye de St. Blasien a supervisé un réseau significatif de verreries implantées sur ses vastes possessions forestières. La chronologie de ces établissements révèle une exploitation progressive des ressources et une migration des centres de production au gré de l'épuisement du bois. On observe une intensification notable de l'activité verrière de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle, suivie d'une phase de consolidation avec la création de la verrerie d'Äule. Les principaux sites, avec leurs périodes d'activité approximatives, sont les suivants 6 :

  • Bernau am Todtmooserweg (1480-1515)
  • Glashof St. Blasien (1516-1567)
  • Bernau am Rechberg (1560-1587)
  • Blasiwald Habsmoos (1579-1684) : L'un des sites importants du complexe verrier de Blasiwald.6
  • Blasiwald Munchenland ob Neuhäuser Bach (1597-1684) : Fondée en 1597 par deux maîtres verriers, cette exploitation fut par la suite déplacée en 1622 pour donner naissance à la verrerie d'Althütte.11
  • Grünwald bei Kappel (1611-1716) : La verrerie qui fait l'objet principal de cette étude.
  • Blasiwald Schmalzberg Althütte (1622-1684) : Établie en 1622, elle succéda à la verrerie de Munchenland. Suite à l'épuisement des forêts avoisinantes, cette verrerie fut transférée en 1684 hors de la commune de Blasiwald, probablement vers un autre site dépendant de l'abbaye de St. Blasien.11
  • Glashütte am oberen Windbergbach (1684-1712).6
  • Glashütte Äule (près de Schluchsee-Aha) (1716-1878) : Fondée en grande partie par les verriers provenant de Grünwald et d'autres verreries en déclin, elle marqua une nouvelle phase de concentration de l'activité verrière.11

Cette succession d'implantations et de fermetures illustre clairement un schéma de migration dicté par la disponibilité du bois, dans un système géré par l'abbaye.

Le rôle des contrats et des conditions de vie des verriers

L'abbaye de St. Blasien exerçait un contrôle étroit sur l'accès aux ressources forestières par le biais de contrats de location (Pachtverträge) accordés aux maîtres verriers. Ces accords, souvent détaillés, stipulaient la durée de l'exploitation, la quantité de bois autorisée à la coupe, les types de verre à produire et les redevances dues à l'abbaye.19 Un exemple significatif est celui d'un contrat pour une verrerie de St. Blasien, renouvelé en 1685 pour une durée de 50 ans. Cependant, le successeur de l'abbé qui avait signé cet accord l'annula prématurément en raison du déboisement excessif, exigeant le transfert de l'exploitation vers le site d'Äule en 1716.12 Ces contrats étaient donc des outils de gestion des ressources, mais aussi des instruments de pouvoir pour l'autorité abbatiale.

La vie quotidienne des verriers et de leurs familles était particulièrement rude. Le travail aux fours, caractérisé par une chaleur intense et des efforts physiques soutenus, était éprouvant.10 Certaines sources mentionnent une consommation d'alcool notable au sein de ces communautés, parfois perçue comme problématique par les autorités ecclésiastiques qui tentaient de la réguler.19 Les verreries formaient souvent des hameaux isolés, comprenant les logements des ouvriers et de leurs familles, et parfois des infrastructures communautaires telles que des auberges (Wirtshaus). À Äule, par exemple, une auberge fut érigée en même temps que la verrerie en 1716. L'abbé y tolérait la vente de vin par les maîtres verriers, tout en édictant des règles strictes contre "l'ivrognerie excessive, le désordre, les jurons et les jeux".7 Ces communautés verrières, largement autosuffisantes mais souvent isolées, développèrent ainsi une culture propre, marquée par les conditions de travail et les interactions avec l'autorité seigneuriale.

La Verrerie de Grünwald (près de Kappel, Gündelwangen) : une histoire détaillée (1611-1716)

Fondation et fondateurs (1611)

La verrerie de Grünwald vit le jour en 1611.11 Elle était implantée à proximité de Kappel, dans la région de Gündelwangen, un secteur de la Forêt-Noire relevant de la juridiction de l'abbaye de St. Blasien.6 Sa création fut l'œuvre d'une association de maîtres verriers aux compétences complémentaires : Georg Raspiller, originaire de Hall au Tyrol, et les frères Johann Sigwart et Thomas Sigwart.26

L'implication de Georg Raspiller semble avoir été particulièrement stratégique. Il aurait été recruté par l'abbaye de St. Blasien en raison de sa maîtrise des techniques dites "vénitiennes", notamment pour la production de "verre blanc" ou cristallin, ce qui suggère une ambition de l'abbaye de diversifier sa production vers des verres de plus haute qualité, potentiellement plus lucratifs.25 Les frères Johann et Thomas Sigwart, quant à eux, apportaient une solide expérience locale et un ancrage familial dans l'industrie verrière de la région. Leur père, Clevis Sigwart, avait en effet co-fondé l'une des verreries de Blasiwald dès 1579.26 La fondation de Grünwald ne fut donc pas anodine ; elle représentait une entreprise mûrement réfléchie, combinant une expertise technique importée avec un savoir-faire et une influence locale bien établis, le tout sous l'égide et avec le soutien de l'abbaye.

Années d'exploitation (1611-1716)

Pendant son siècle d'existence, la verrerie de Grünwald a vraisemblablement produit une gamme variée d'articles en verre. Outre le "Waldglas" courant, elle fabriquait certainement du verre à vitre, indispensable pour les constructions de l'époque, et une diversité de verre creux (gobeletterie, flaconnage). L'expertise de Georg Raspiller a pu également permettre la production de verre plus fin, se rapprochant du cristal.7

Plusieurs familles de maîtres verriers et d'ouvriers qualifiés ont marqué de leur empreinte l'histoire de Grünwald. Outre les familles fondatrices Raspiller et Sigwart, les Schmid, Faller, Krieger, Mahler et Houg (ou Haug) y furent actives ou associées à divers titres.26 La vie de la verrerie fut ponctuée d'événements et de changements administratifs. Un épisode notable fut le transfert de la direction ou du bail de l'exploitation, le 8 mai 1625, à un consortium comprenant Pierre Sigwart, Jean Krieger et Mathis Faller.21 Plus tard, en 1645, le bail fut renouvelé avec un groupe de maîtres verriers incluant Samuel et Andreas Schmid, Thomas Siegwart, Georg Mahler, Adam Houg (Haug), ainsi qu'Appolonia Siegwart, épouse de feu Georg Raspiller et sœur de Thomas et Johann Sigwart, ce qui témoigne de la continuité des liens familiaux et professionnels au sein de l'entreprise.21 La longévité de Grünwald, s'étendant sur 105 ans, atteste d'une gestion des ressources forestières relativement efficace pour l'époque, ou du moins d'une importance stratégique qui justifia son maintien par l'abbaye pendant une période prolongée. Les renouvellements de baux indiquent une structure d'entreprise dynamique, avec des alliances et des successions entre les grandes dynasties verrières de la région.

Déclin, fermeture (1716) et la quête de combustible

La principale et cause documentée de la fermeture définitive de la verrerie de Grünwald en 1716 fut l'épuisement critique des ressources forestières dans son voisinage immédiat. Le manque de bois (Holzmangel), combustible essentiel et matière première irremplaçable pour les fours de l'époque, rendit la poursuite de l'exploitation économiquement et techniquement non viable.12

Cette crise du bois n'était pas un cas isolé à Grünwald. D'autres verreries de la région de St. Blasien étaient confrontées à des difficultés similaires. Par exemple, la verrerie de Bonndorf connaissait déjà des problèmes d'approvisionnement en bois dès 1706, et celle du oberen Windbergtal signalait un manque de bois en 1714, coïncidant avec la fin de son contrat avec l'abbaye.5 Ce contexte de raréfaction des ressources forestières à l'échelle régionale a contraint l'abbaye de St. Blasien et les familles verrières à envisager une réorganisation stratégique de l'ensemble de la production verrière sur ses terres. La fermeture de Grünwald s'inscrit donc dans une crise plus large, conséquence directe du mode d'exploitation intensive des "Waldglashütten".

L'héritage de Grünwald : le transfert vers Äule (1716)

Face à l'impossibilité de maintenir l'activité à Grünwald et sur d'autres sites verriers en déclin faute de combustible, les maîtres verriers, en concertation et avec l'accord de l'abbaye de St. Blasien, organisèrent le transfert de leurs opérations vers un nouveau site jugé plus riche en ressources forestières : Äule, localisé près de Schluchsee-Aha.11 La nouvelle verrerie d'Äule fut officiellement fondée en 1716, marquant une étape de consolidation de l'industrie verrière abbatiale.

Le contrat de location pour le site d'Äule, daté du 24 avril 1716, fut passé entre l'abbaye et un groupe de maîtres verriers issus en grande partie de Grünwald et d'autres exploitations. Parmi les signataires figuraient des membres éminents des familles Sigwart, notamment Samuel, Andreas, Michael et Johann Sigwart, ainsi que Caspar Schmidt, Blasi Kueffer et Joseph Greiner.5 La verrerie d'Äule devint rapidement un centre de production important, et son activité se prolongea de 1716 jusqu'en 1878, ouvrant une nouvelle ère pour les verriers de la région de St. Blasien.11 Ce passage de Grünwald à Äule ne fut donc pas une simple fermeture suivie d'une création sans lien, mais un véritable transfert d'activité, de savoir-faire et de main-d'œuvre, témoignant de la capacité d'adaptation et de la cohésion des familles verrières, ainsi que d'une gestion, bien que contrainte par les ressources, planifiée de l'industrie par l'abbaye.

Peter Schmid : Maître Verrier de Gänsbrunnen à Grünwald et Blasiwald

Origines et formation (Gänsbrunnen, Suisse)

Peter Schmid vit le jour aux environs de 1575-1580 à Gänsbrunnen, localité située dans le canton de Soleure en Suisse. Il était l'un des quatre fils de Hans Schmid, un paysan qui avait immigré du canton de Berne pour s'établir à Gänsbrunnen.29 Ses frères se nommaient Simon, Melchior et Wolfgang Schmid.29 Le destin de la famille bascula suite au décès de Hans Schmid, survenu entre 1575 et 1582. Les enfants étant alors mineurs et leur mère, N.N. Müller, ne disposant pas de la capacité juridique pour agir seule, un tuteur fut désigné. Ce dernier prit la décision de vendre l'ensemble de leurs terres, y compris la ferme d'Obere Schafmatt qui fut acquise en 1582 par le verrier Wolfgang Hug. Conséquemment, la famille Schmid, dépossédée de son patrimoine foncier, dut s'installer dans une modeste demeure à proximité de la verrerie de Schafmatt.29

Il est fort probable que le maître verrier Simon Hug, qui dirigeait la verrerie de Schafmatt, ou son frère Wolfgang Hug, ait été désigné comme tuteur des orphelins Schmid. Les liens étroits tissés avec la famille Hug et leur entreprise verrière, conjugués à la perte de leur exploitation agricole, orientèrent naturellement les frères Schmid – Simon, Melchior, Wolfgang et Peter – vers l'apprentissage du métier de verrier.29 Ce fut pour eux une question de survie économique. D'ailleurs, les familles Schmid, Hug et Rubischung étaient déjà des acteurs reconnus et interconnectés au sein des verreries du Jura soleurois, notamment à Gänsbrunnen et à La Heutte.32 L'entrée de Peter Schmid dans le monde de la verrerie fut donc le fruit d'une conjonction de facteurs : une précarité économique née de la perte du patrimoine familial, et l'existence d'un réseau social et professionnel solide au sein de la communauté verrière locale, incarné par les Hug. Ce parcours illustre un mode de transmission du métier et d'intégration professionnelle typique des sociétés artisanales d'Ancien Régime.

Carrière en Forêt-Noire : St. Blasien, Blasiwald et Grünwald

Aux environs de 1605, Peter Schmid épousa Barbara Christ. Née vers 1585 à Gänsbrunnen, Barbara était la fille de Heinrich Christ, également originaire de Gänsbrunnen.29 La carrière de Peter Schmid et de ses frères prit ensuite une nouvelle dimension avec leur migration vers la région de St. Blasien en Forêt-Noire. Ce déplacement semble avoir été facilité, voire initié, par Thomas Sigwart, un maître verrier de grande renommée.30 Un événement significatif de cette période de transition est l'acquisition par Peter Schmid, en 1601, de la maison et du domaine (homestead) de Thomas Sigwart à Schafmatt, peu avant que Sigwart lui-même ne retourne s'établir à St. Blasien.30

Les quatre frères Schmid – Simon, Melchior, Wolfgang et Peter – sont documentés comme verriers actifs à St. Blasien ou dans les verreries dépendant de l'abbaye entre 1606 et 1625. Peter Schmid est spécifiquement attesté à St. Blasien en 1625.29 Un jalon important de sa carrière fut la signature, le 18 septembre 1622, d'un contrat majeur avec l'abbaye de St. Blasien. Aux côtés de son frère aîné Wolfgang, Peter Schmid s'engagea pour l'exploitation d'une nouvelle verrerie, la "Neuglashütte", dans la forêt de Blasiwald. Baschi Greiner, alors bailli de la verrerie, prêta également serment à cette occasion, soulignant le caractère officiel et l'importance de cette entreprise.29 Cet accord témoigne du statut reconnu de Peter Schmid comme maître verrier compétent et digne de confiance. Bien que Peter Schmid soit décédé en 1639, son fils, Samuel Schmid (1612-1668), perpétua la tradition familiale en devenant maître verrier à la verrerie de Grünwald.21 La carrière de Peter Schmid illustre ainsi la mobilité caractéristique des maîtres verriers de cette époque, capables de franchir les frontières (de la Suisse vers la Forêt-Noire allemande) pour saisir de nouvelles opportunités professionnelles. Son association avec Thomas Sigwart fut sans doute déterminante, et le contrat de 1622 pour Blasiwald atteste de sa compétence et de sa réputation dans le milieu.

Décès et héritage

Peter Schmid s'éteignit le 1er juillet 1639 à la verrerie de Grünwald, située près de Gündelwangen.34 Son héritage professionnel ne disparut cependant pas avec lui. Il se perpétua à travers ses descendants, qui maintinrent la tradition verrière familiale. Son fils, Samuel Schmid, fut maître verrier à Grünwald. Par la suite, Melchior Schmid, fils de Samuel et donc petit-fils de Peter, quitta la verrerie de Grünwald en 1662 pour aller s'établir comme maître verrier à Lobschez, un important centre verrier situé sur les terres de l'Évêché de Bâle, dans le Jura.21

Bien que Peter Schmid soit décédé relativement tôt dans l'histoire de la verrerie de Grünwald, il y laissa une empreinte familiale durable. La migration de son petit-fils vers Lobschez illustre la continuation des réseaux familiaux et professionnels des verriers, qui se déplaçaient et essaimaient à travers différentes régions, adaptant leur savoir-faire aux opportunités locales et aux ressources disponibles. Cela témoigne de la vitalité et de la résilience des dynasties verrières de l'époque.

Les ancêtres Sigwart et leurs liens avec Grünwald et la verrerie de St. Blasien

La famille Sigwart (parfois orthographiée Siegwart) figure parmi les lignées de maîtres verriers les plus influentes de la région de St. Blasien et joua un rôle crucial dans l'histoire de la verrerie de Grünwald.

Johann Georg Sigwart (le verrier, né en 1570)

Un Johann Georg Sigwart est identifié dans une source généalogique spécialisée sur les familles verrières comme l'un des co-fondateurs de la verrerie de Grünwald en 1611, aux côtés de son frère Thomas Sigwart et de Georg Raspiller.26 Ce document précise qu'il serait né en 1570 à Hall-im-Tirol, aurait épousé Appolonia (Sigward) en 1573 (cette date de mariage semble précoce par rapport à sa date de naissance et pourrait nécessiter une vérification ou indiquer une confusion), et serait décédé à Grünwald entre mai 1625 et 1639. Il y est qualifié de maître-verrier et maître de forges.26

Il est important de noter une confusion potentielle avec un autre Johann Georg Sigwart (1554-1618), mentionné dans d'autres sources généalogiques comme un éminent professeur de théologie à Tübingen, décédé dans cette ville.35 Les dates de naissance et de décès, ainsi que les lieux et professions, diffèrent considérablement, indiquant très probablement qu'il s'agit de deux individus distincts. Pour les besoins de cet article axé sur l'histoire verrière, l'attention se portera sur le Johann Georg Sigwart né en 1570, directement impliqué dans la fondation de Grünwald selon la source spécialisée.26 Son rôle, aux côtés de son frère et de Raspiller, fut déterminant dans le lancement de cette entreprise.

Clevis Sigwart (dit Dobias?)

Clevis Sigwart, né vers 1545 à Walkersbach en Souabe (Württemberg) et décédé en 1610 à Blasiwald, fut un maître-verrier de premier plan et une figure paternelle clé pour les fondateurs de Grünwald.26 Il est cité comme le co-fondateur de l'une des deux verreries de Blasiwald en 1579.26 Il était le père de Thomas Sigwart et de Johann Georg Sigwart (le verrier né en 1570), qui furent parmi les initiateurs de la verrerie de Grünwald.26 En 1568, à Steinbach, Clevis Sigwart épousa Anna-Catharina Maler (ou Mahler), née vers 1545 et décédée en 1600 à St. Blasien. Sa famille, les Maler/Mahler, comptait également des verriers actifs dans la sphère de St. Blasien, ce qui illustre les liens matrimoniaux fréquents au sein de ces communautés artisanales pour consolider savoir-faire et réseaux.26 Clevis Sigwart représente ainsi la génération précédente qui a solidement implanté la famille Sigwart dans le paysage verrier de la région de St. Blasien, préparant le terrain pour les entreprises de ses fils.

Joseph Sigwart (env. 1652 - 1695 St. Blasien)

Joseph Sigwart fut un maître verrier actif dans la mouvance de l'abbaye de St. Blasien durant la seconde moitié du XVIIe siècle.12 Il est décédé à St. Blasien en 1695, avant le grand transfert des activités verrières vers le site d'Äule en 1716, auquel il n'a donc pas participé.12 Joseph Sigwart eut plusieurs fils qui poursuivirent la tradition verrière, notamment Samuel Sigwart, Michael Sigwart, et Leonhardt Sigwart.12 Ses fils Samuel et Michael furent des figures centrales lors de la fondation de la nouvelle verrerie d'Äule.12 Joseph Sigwart incarne ainsi la génération de verriers active juste avant cette réorganisation majeure de l'industrie, et bien qu'il n'ait pas vécu ce transfert, la continuité de la tradition familiale fut assurée par sa descendance.

Leonhardt Sigwart (env. 1685 St. Blasien - avant 1756, probablement à Friedrichsthal)

Leonhardt Sigwart, né vers 1685 à St. Blasien, était l'un des fils de Joseph Sigwart.12 Il est attesté comme verrier actif à la verrerie de Grünwald entre 1705 et 1706, soit peu de temps avant sa fermeture définitive.12 Sa présence sur ce site à une date aussi tardive confirme l'implication continue et profonde de la famille Sigwart dans l'exploitation de Grünwald jusqu'à ses derniers moments.

Contrairement à ses frères Samuel et Michael, qui jouèrent un rôle de premier plan dans la création de la verrerie d'Äule en 1716, Leonhardt Sigwart ne participa pas à ce transfert. Les documents suggèrent qu'il avait déjà quitté Grünwald aux alentours de 1709-1710, sa destination étant alors inconnue. Il est possible qu'il ait cherché des opportunités ailleurs, peut-être à Friedrichsthal où il serait décédé avant 1756.12 Sa trajectoire individuelle, distincte de celle de ses frères, illustre que même au sein de familles verrières étroitement liées, les parcours pouvaient diverger, sans doute en fonction des opportunités perçues et des contraintes locales, notamment l'amenuisement des ressources forestières.

Autres membres de la famille Sigwart et la continuité à Äule

La famille Sigwart ne se contenta pas de co-fonder Grünwald ; elle fut également le pilier de sa "successeure", la verrerie d'Äule. Les frères Samuel et Michael Sigwart (fils de Joseph), ainsi que leurs cousins Andreas et Johann Sigwart (fils de Michael Sigwart, l'oncle de Samuel et Michael), furent des figures centrales dans la fondation et l'exploitation d'Äule à partir de 1716.12 Leur implication était si significative que la verrerie d'Äule fut parfois qualifiée de "verrerie Sigwart". Ils y détenaient une part prépondérante des "places" de travail au four, signe de leur influence et de leur expertise.12 En 1768, par exemple, sur les seize contribuables recensés à Äule, dix portaient le nom de Sigwart, témoignant de la forte concentration de cette famille sur le site.12 Cette transition réussie de Grünwald et d'autres sites vers Äule démontre la résilience remarquable de la famille Sigwart, sa grande capacité d'adaptation face à l'épuisement des ressources, et sa position dominante maintenue au sein de l'industrie verrière de la région de St. Blasien pendant plusieurs générations.

Conclusion

Importance de la verrerie de Grünwald

La verrerie de Grünwald, active de 1611 à 1716, occupa une place significative dans le réseau des verreries dépendant de l'abbaye de St. Blasien. Sa fondation témoigne des ambitions de l'abbaye d'exploiter au mieux ses ressources forestières et d'intégrer des savoir-faire techniques, possibly "vénitiens", pour une production de verre de qualité. Son siècle d'existence illustre une période de relative stabilité avant que le défi majeur de l'approvisionnement en combustible, commun à toutes les verreries de forêt, ne scelle son destin. Grünwald fut ainsi un maillon important, reflétant à la fois les succès et les contraintes inhérentes à cette industrie ancienne.

L'héritage durable des verriers de Grünwald

Loin de marquer une fin, la fermeture de Grünwald en 1716 pour cause de manque de bois donna lieu à une remarquable démonstration de résilience et d'adaptation de la part de ses maîtres verriers et de leurs familles, notamment les Sigwart et les Schmid. Ils surent transférer leur savoir-faire, leur main-d'œuvre et leur entreprise vers le nouveau site d'Äule. Cette migration planifiée, orchestrée avec l'abbaye de St. Blasien, assura non seulement la survie de leur art, mais aussi la continuité de leurs lignées familiales dans le paysage verrier de la Forêt-Noire pour plus d'un siècle et demi encore. L'héritage de Grünwald réside donc moins dans ses vestiges physiques que dans la pérennité des traditions et des familles qu'elle a abritées.

L'histoire de Peter Schmid et des Sigwart comme illustration des dynamiques de l'industrie verrière ancienne

Les parcours individuels et familiaux de Peter Schmid et des ancêtres Sigwart – qu'il s'agisse de Clevis, Johann Georg, Joseph ou Leonhardt – offrent un éclairage précieux sur les dynamiques complexes de l'industrie verrière forestière en Europe sous l'Ancien Régime. Leurs histoires personnelles reflètent des thèmes plus larges : la mobilité géographique considérable des artisans qualifiés, toujours en quête de ressources et d'opportunités ; la transmission intergénérationnelle des savoirs techniques, souvent au sein de véritables dynasties verrières ; la dépendance cruciale vis-à-vis des ressources naturelles, au premier rang desquelles le bois, dont la gestion conditionnait la survie même des entreprises ; et enfin, la forte structuration familiale et en réseaux de cette branche d'activité, où les alliances matrimoniales et les collaborations professionnelles étaient monnaie courante.

L'histoire de la verrerie de Grünwald et de ses artisans est, en somme, un microcosme de cette industrie européenne. Elle met en lumière la vie de familles d'artisans hautement qualifiés, naviguant entre les contraintes imposées par l'épuisement des forêts et les opportunités offertes par les autorités seigneuriales comme l'abbaye de St. Blasien. En s'appuyant sur des réseaux de parenté et professionnels solides, ces verriers ont su assurer la survie et la prospérité de leur métier à travers les générations et les territoires, laissant un héritage durable dont l'intérêt généalogique actuel pour des familles comme les Sigwart est un vibrant témoignage.

Personnalités Clés

Verriers Associés

Georg Raspiller (1570 - 1624)

Maître verrier1611 - 1624

Johann Leonhardt Sigwart (1685 - 1756)

Maître verrier1705 - 1710

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